Burundi: les diplomaties étrangères expriment leur profonde inquiétude

Un véhicule militaire transporte des hommes arrêtés à Bujumbura, le 11 décembre2015.
© AFP

Près de 100 personnes auraient perdu la vie à Bujumbura entre vendredi 11 et samedi 12 décembre après les attaques de plusieurs camps de l'armée par des rebelles dans la capitale. Le bilan officiel communiqué par l'armée est de 87 morts en tout, mais de nombreux témoignages laissent penser qu'il soit bien plus lourd. En Afrique comme dans le reste du monde, les diplomaties ont exprimé leur inquiétude grandissante.

Signe de la dégradation de la situation, l’ambassade américaine à Bujumbura a annoncé ce dimanche 13 décembre le départ de son personnel diplomatique et a demandé à ses ressortissants de quitter le pays le plus rapidement possible. En cause, selon son communiqué, « une violence continue dans le pays » et un gouvernement burundais qui n'aurait pas « le contrôle total des services de police et de l'armée ».

Globalement la communauté internationale est ferme. La Belgique, « fortement inquiète », selon son ministre des Affaires étrangères, demande la saisie urgente du Conseil de sécurité de l'ONU et de l'Union africaine. Didier Reynders demande également l'ouverture d'une enquête indépendante et l'ouverture immédiat d'un dialogue, pour éclaircir les responsabilités, notamment des autorités.

Toutes ces pressions diplomatiques à travers un certain nombre de sanctions, manifestement, ne sont pas suffisantes.
Didier Reynders, ministre belge des Affaires étrangères
14-12-2015 - Par Laura Martel

« Au fil des mois, on a vu s'aggraver la situation...[celle-ci] est devenue vraiment dramatique, à Bujumbura en particulier », déplore-t-il au micro de RFI, dénonçant « la violence de certaines attaques contre des quartiers militaires » mais aussi « la répression disproportionnée » des autorités, faisant allusion aux possibles exécutions ce week-end. Le ministre évoquera la situation au Burundi lors d'une réunion avec ses collègues de l'Union européenne et a appelé l'ONU et l'Union africaine à « prendre les mesures de protection de la population qui s'imposent ».

Et la présidente de la Commission de l'Union africaine, madame Dlamini Zuma, a affirmé dans un communiqué être « extrêmement préoccupée » par l'escalade de la violence à Bujumbura. Elle a de nouveau souligné « l'urgence d'un dialogue inter-burundais véritablement inclusif », et a relevé avec « consternation et horreur » les témoignages faisant état d'exécutions sommaires.

Même ton du côté de l'Organisation internationale de la francophonie (OIF), avec un tweet de Michaelle Jean : « Cette situation inacceptable doit cesser ».

Le représentant de la secrétaire générale de la Francophonie, Pascal Couchepin, condamne fermement les attaques contre des camps militaires de vendredi et la « répression aveugle », selon lui, qui s'en est suivie. Contacté par RFI, il demande au gouvernement burundais de « prendre ses responsabilités » pour faire en sorte que le pays « retrouve la paix », non pas « à travers une répression sanglante, mais à travers un dialogue avec ceux qui n'ont pas été intégrés dans le dialogue jusqu'à maintenant ».

Les pressions sont là. Maintenant j’espère que ce régime n’est pas suicidaire au point de dire « on va jusqu’au bout quels que soient les risques ». Ce serait une catastrophe.
Pascal Couchepin, représentant de la secrétaire générale de la Francophonie Michaelle Jean
14-12-2015 - Par Laura Martel

Pour lui, le pays est en proie à un début de guerre civile que seule l'ouverture immédiate d'un dialogue peut stopper. « Quand il y a des dizaines de morts, quand il y a des actions policières qui dépassent le maintien immédiat de l'ordre, je crois qu'on peut dire qu'on est au commencement du guerre civile, avance Pascal Couchepin. Mais une guerre civile qu'on pourrait encore arrêter s'il y avait une bonne volonté de la part du gouvernement et de la part de ceux qui jusqu'à ce jour refusent le dialogue. »

De son côté, l'ONG Human Rights watch a demandé une enquête sérieuse et indépendante sur les violences de ces deux derniers jours.


Le Burundi asphyxié par les sanctions

Le compte-rendu du conseil des ministres de vendredi dernier a été publié ce dimanche 13 décembre. A l'ordre du jour figurait un seul point : le projet de loi pour fixer le budget du pays en 2016, impacté par les sanctions prises par plusieurs pays. Mais il a aussi été question des attaques qui ont eu lieu la nuit précedent ce conseil contre la prison centrale et des camps militaires de Bujumbura et dans la province de Bujumbura rural.

 

Le conseil des ministres a d'abord annoncé plusieurs mesures d'austérité, comme la fin des exonérations pour les marchés publics ou l'obligation, pour les organisations recevant des fonds extérieurs en devises, de transférer leurs comptes à la banque centrale. Ce manque de devises semble montrer que la suspension des aides décrétées par plusieurs pays comme la Belgique, l'Allemagne et les Pays-Bas commence à peser sur le Burundi, dont le budget dépend à 50 % de l'aide internationale.

Le budget annoncé affiche d'ailleurs déjà un déficit de 76,5 millions d'euros, malgré une recette escomptée par les autorités de 227 millions d'euros de dons projets en 2016. Or, cet apport crucial reste hypotéhtique, car face à la dégradation de la situation dans le pays, l'Union européenne, principal bailleur du Burundi, a lancé un mécanisme qui pourrait aboutir au gel de ses financements.

Le conseil est ensuite revenu sur les attaques de la nuit précédente, estimant à nouveau qu'« une main étrangère ne serait pas éloignée de ces actes de déstabilisation ». Les autorités ont mis en cause, sans le nommer, un pays occidental qui aurait eu connaissance des attaques à l'avance, mais aussi une organisation onusienne, accusée de participer à l'armement des insurgés. Enfin, un ressortissant occidental, mis en cause par le conseil pour un tweet évoquant une nouvelle tentative de putsch, a reçu hier injonction de quitter le pays sous 48h.