Burundi: Human Rights Watch demande une enquête indépendante d’urgence

Des cadavres jonchaient les rues de Bujumbura au matin du 12 décembre 2015.
© REUTERS/Jean Pierre Aime HarerimanaTEMPLATE OUT

Au Burundi, au lendemain de la découverte de dizaine de cadavres dans les rues de Bujumbura, la police est accusée d'exécutions sommaires dans les quartiers qui restent opposés au troisième mandat présidentiel de Pierre Nkurunziza. De leur côté, les autorités justifient ces massacres en se bornant à qualifier « d’ennemis » les plus de 80 victimes. L’organisation américaine Human Rights Watch (HRW) a réclamé, dimanche 13 décembre, une enquête sérieuse et indépendante.

L’organisation de défense des droits de l’homme demande qu’une enquête « sérieuse et indépendante » soit lancée d’urgence et que « des experts puissent venir de l’extérieur » pour assister les enquêteurs burundais.

« Il s’agit, de loin, des actes les plus graves et qui ont causé le plus grand nombre de victimes, au Burundi, depuis le début de la crise qui a commencé au mois d’avril. Nous demandons qu’une enquête sérieuse et indépendante soit lancée d’urgence. Etant donné la politisation et la corruption qui existent au sein du système judiciaire burundais, des experts devraient venir de l’extérieur », a déclaré à RFI Carina Tertsakian, chercheuse au sein de HRW.

« Une indifférence choquante »

Human Rights Watch dénonce le fait que la police et les autorités locales aient « enlevé les cadavres avant que des enquêtes puissent être menées », en empêchant souvent la population de s’en approcher, selon des témoins. Ces derniers dénoncent également le bilan de l’armée qu’ils estiment sous-estimé ainsi qu’une « rafle » de plus de 200 jeunes dans les quartiers contestataires.

« Il semble que les efforts pour établir exactement ce qui s’est passé ont été entravés par la police et les autorités locales. Là aussi, cela montre un manque de sérieux total de la part des autorités par rapport à ces évènements. D’ailleurs, les autorités gouvernementales burundaises, depuis le début de ces évènements, ont démontré une indifférence choquante. Les autorités prétendent que la situation sécuritaire est sous contrôle alors que tous les jours il y a de nouveaux cadavres qu’on retrouve dans les rues de la capitale et, cette fois-ci, avec des chiffres vraiment exorbitants », s’est alarmée Carina Tertsakian.

Selon les dernières informations, non encore vérifiées, que l'ONG Human Rights Watch a pu recueillir, le bilan s'élèverait maintenant à plus de 100 morts. Ce serait le bilan de l'attaque par des rebelles de plusieurs camps militaires dans Bujumbura et sa province vendredi matin, et des violences qui ont suivi.

Depuis le coup d’Etat manqué, en mai, déclenché par la candidature controversée du président Nkurunziza à un troisième mandat, ces violences sont les pires enregistrées au Burundi. Selon l’ONU, depuis le début des troubles, fin avril, des centaines de personnes ont été tuées et plus de 200 000 personnes ont dû quitter le pays.

Les Américains priés de quitter le Burundi

Les Etats-Unis ont demandé, ce dimanche, à leurs ressortissants de quitter le Burundi. Dans un communiqué, le département d'Etat a ordonné au personnel américain qui n'est pas indispensable ainsi qu'à leur famille, de quitter le pays, recommandant également à tous les Américains « de ne pas se rendre au Burundi et à ceux qui s'y trouvent de partir aussi rapidement que possible ».