Burundi: la communauté internationale demande l’ouverture du dialogue

Un véhicule militaire transportant des hommes menottés, dans le quartier de Musaga, à Bujumbura, le 11 décembre 2015.
© AFP

Les réactions se poursuivent après les trois jours de violences qui ont fait au moins 87 morts au Burundi. La communauté internationale demande l’ouverture d’un dialogue avec toutes les parties de la société burundaise. Des discussions en vue de ce dialogue sont déjà en cours depuis juillet sous une médiation ougandaise, avec des résultats timides jusqu’ici.

Les 28 ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne se sont rassemblés ce lundi à Bruxelles et bien que la question ne figurait pas à leur ordre du jour, ils ont évoqué les violences au Burundi et la nécessité d'agir pour qu'elles cessent, avec en particulier une coordination des membres européens du conseil de sécurité des Nations-Unies.

C'est le ministre belge des Affaires étrangères Didier Reynders qui le premier a mis sur la table les « évènements catastrophiques » au Burundi et le besoin d'une action concertée des Européens, plaidant pour le déploiement d'une force régionale au Burundi. La préoccupation devant les violences à Bujumbura est partagée par l'ensemble des pays, a affirmé à l'issue de la réunion la Haute représentante pour la politique étrangère de l'Union européenne Federica Mogherini. Selon elle, l'urgence est au lancement de la médiation ougandaise que les Européens veulent soutenir et se dit prête à apporter une aide financière au processus.

Aide financière

« C’est extrêmement sérieux, a déclaré Federica Mogherini. Nous travaillons actuellement avec les membres de la Commission pour aider à mettre fin aux violences. Nous sommes en contact avec la direction de l’Union africaine pour faciliter le dialogue au Burundi mené par la région elle-même et nous prévoyons aussi un support financier pour soutenir ce dialogue afin qu’il commence immédiatement et c’est urgent parce que nous devons mettre un terme à la violence ».

L'Union européenne doit débloquer dans un premier temps 300 000 euros du fonds de facilité pour la paix en Afrique. Par ailleurs, après l'échec des consultations de la semaine dernière à Bruxelles avec le gouvernement, les Européens préparent pour début janvier des mesures qui pourraient résulter en une suspension de l'aide budgétaire au Burundi. En revanche, l'aide à la population sera maintenue, qu'il s'agisse de projets humanitaires ou de l'accès aux services de base.

L'Union africaine très préoccupée

Cette demande est appuyée par l’Union africaine qui se dit extrêmement préoccupée par la situation à Bujumbura. Sa présidente, Nkosazana Dlamini-Zuma, a réitéré ses injonctions à un dialogue inclusif. 

Tour le monde est très inquiet et le rôle de l'Union africaine dans la situation au Burundi est très important. L'Union africaine est le garant des accords d'Arusha pour la paix et la réconciliation.
Jacob Enoh Eben, porte-parole de la présidente de l'Union africaine
15-12-2015 - Par Laetitia Bezain

La communauté internationale demande par ailleurs l'ouverture d'une enquête « sérieuse et indépendante » sur les violences de ces derniers jours, afin « que leurs responsables puissent être identifiés » et rendent compte de leurs actes.

Un projet de résolution a été déposé lundi 14 décembre au Conseil des droits de l’homme de l’ONU qui appelle au déploiement « en urgence » d’une mission au Burundi pour enquêter sur de possibles violations des droits humains. La résolution sera débattue, jeudi prochain, lors d’une session extraordinaire du Conseil à Genève, saisi par les Etats-Unis pour examiner la situation dans le pays.

Premières réactions dans le pays

Réaction à cette exigence de dialogue dans le pays. Ce dialogue, c'est ce que veut le Cnared, la plateforme de l'opposition à condition, qu'il soit fait sous médiation internationale. Pour l'opposition, il faut aussi qu’il commence le plus rapidement possible, estime Jérémy Minani, le porte-parole du Cnared : « Toute initiative allant dans le sens d’un dialogue sous médiation internationale, nous sommes prêts à y participer. Il y a urgence. Nous pensons d’ailleurs que c’est la meilleure et l’unique voie pour arriver à mettre fin à ce chaos qui ronge notre pays. Il y a des gens qui sont en train de se faire massacrer. Il faut que la Communauté internationale comprenne ça ».

Pour le Cnared, la solution à la crise passe aussi par le déploiement de troupes au sol : « Par exemple, il faut que le Conseil de sécurité des Nations unies se saisisse de la question et qu’il y ait une force de maintien de la paix qui soit déployée au Burundi pour protéger effectivement la population civile ».

Ce dialogue, le pouvoir burundais s'y dit également disposé. Willie Nyamitwe, porte-parole de la présidence burundaise, assure d’ailleurs que tout est mis en œuvre pour sa tenue : « Le gouvernement du Burundi n’a jamais fermé la porte du dialogue. Nous avons mis en place une Commission nationale qui est chargée de mener le dialogue inter-burundais. Alors je ne vois pas ce qui aurait changé entre temps. Nous restons ouverts au dialogue à l’intérieur du Burundi et à l’extérieur du Burundi. Et cette commission est à pied d’œuvre. Nous voulons rassurer la communauté tant nationale qu’internationale, que tout est mis en œuvre pour ce dialogue inter-burundais ».