Dialogue au Burundi: la lente médiation ougandaise

Le président ougandais Yoweri Museveni a été nommé médiateur pour le Burundi le 6 juillet dernier. Ici au congrès de l'Union africaine en 2014.
© Reuters/Tiksa Negeri

Le Burundi semble avoir franchi un nouveau palier dans la violence vendredi, après une attaque coordonnée de trois camps militaires et des affrontements qui ont suivi, et qui ont fait près de 90 tués, parmi lesquels quelque 80 civils, des insurgés, assure un pouvoir burundais accusé de dizaines d’exécutions extrajudiciaires. Dans ce contexte, le dialogue est plus que jamais souhaité au Burundi et ailleurs. Problème, la médiation prend du temps.

Pour la communauté internationale, une course contre la montre est engagée en vue d'empêcher le Burundi de sombrer dans la guerre civile, après les affrontements du week-end dernier, les plus sanglants depuis le début de la crise au Burundi fin avril, née de la volonté du président Pierre Nkurunziza de briguer un troisième mandat. Et le président ougandais Yoweri Museveni, médiateur désigné pour la région, est désormais sur la sellette. La communauté internationale le presse de relancer un dialogue interburundais en panne depuis juillet, juste avant une présidentielle boycottée par l'opposition burundaise et dénoncée par la communauté internationale.

D'abord la faute aux présidentielles en Ouganda, selon des sources diplomatiques. Candidat à sa propre succession pour la énième fois, le vieux président ougandais est occupé à faire campagne dans son pays. Mais au-delà de cet aspect, il y a deux écueils qui ont fait traîner les choses en longueur. L'Ouganda a proposé une liste de 23 personnalités burundaises invitées pour la reprise d'un dialogue censé mettre fin aux violences au Burundi. Des ministres, des représentants du parti Cndd-FDD au pouvoir, ainsi que des partis et des organisations de la société civile qui lui sont proches.

Lire aussi : Burundi: que peut-on attendre du nouveau médiateur Yoweri Museveni?

Seules exceptions, Jean Minani, un vieux routier de la politique aujourd'hui en exil, et Pierre Claver Mbonimpa, une figure emblématique de la société civile burundaise, lui aussi en exil. Ils seraient dans ce cas, les seuls représentants des opposants au troisième mandat du président burundais Pierre Nkurunziza. Inacceptable aux yeux de l'Union africaine (UA), qui a rendu sa copie au médiateur ougandais pour qu'il la révise. Elle demande donc l'inclusion de l'opposition en exil regroupée au sein du Cnared, dont le gouvernement burundais ne veut pas entendre parler.

Enfin, l'Ouganda demande de l'argent, beaucoup d'argent, pour organiser le dialogue à Kampala : près de 2,5 millions de dollars américains, que l'UA n'a pas. Mais depuis les attaques de trois camps militaires au Burundi vendredi et la répression sanglante qui a suivi, l'Union européenne (UE) se dit donc prête à payer, mais elle exige en échange un dialogue le plus inclusif possible et tout de suite. Jusqu'ici, personne n'a mis en cause la médiation du doyen des chefs d'Etats de la région, « mais cette fois, il y va de sa crédibilité », prévient un diplomate.