Libye: signature d’un accord de réconciliation déjà contesté

Fayez el-Sarraj entouré de membres des deux parlements libyens ennemis, le 17 décembre 2015 à Skhirat au Maroc.
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Des représentants des deux Parlements libyens rivaux ont signé, jeudi 14 décembre au Maroc, un accord pour sortir le pays du chaos. Un texte parrainé par l’ONU et déjà contesté.

« Un jour historique pour la Libye. » C’est avec ces mots que l'émissaire des Nations unies Martin Kobler a salué la signature, jeudi 17 décembre au Maroc, d’un accord inédit censé faire sortir la Libye du chaos dans lequel elle est plongée depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011.

Un accord de réconciliation signé in extremis. Jusqu'à la dernière minute, les représentants des deux Parlements libyens ont poursuivi leurs négociations musclées. Ils ont fini par s'entendre sur la création d'un conseil présidentiel autour d'une personnalité indépendante des deux assemblées ennemies : Fayez el-Sarraj. A ses côtés, neuf députés. A la fois du Parlement de Tobrouk et du Congrès général national de Tripoli.

Beaucoup d'incertitudes

Applaudissements nourris, ovation debout et hymne libyen à l'unisson, l'émotion était très vive dans la salle lors de la signature. Pourtant, les deux présidents des Parlements rivaux ne reconnaissent pas ce texte et les principaux groupes armés de Tripoli n'étaient pas non plus présents pour le signer. Alors que, selon l’accord, la nouvelle autorité est bien censée siéger dans la capitale libyenne. Mais il n’est pas certain que cela soit accepté.

Autre question, sous quarante jours, cet accord prévoit que les deux Parlements rivaux se fondent respectivement en une chambre des représentants et en un conseil d’Etat, en plus d’un même pouvoir exécutif collégial. Mais si les leaders des deux Parlements continuent de rejeter l’accord, le risque de voir naître une troisième autorité libyenne en plus des deux Parlements rivaux n’est pas totalement exclu. Dans un tel scenario, cet accord de paix soulèverait plus de questions qu’il n’en résoudrait.

Le début d'un long processus

A ces réserves, l'émissaire de l'ONU répond que ce nouveau conseil présidentiel est parfaitement légitime puisque la majorité des parlementaires, à la fois de Tripoli et de Tobrouk, ont salué cet accord de réconciliation, contre l'avis de leurs présidents respectifs. « La porte est toujours ouverte pour tous ceux qui n'étaient pas ici aujourd'hui (...) Ce n'est que le début d'un long parcours pour la Libye », a-t-il commenté.

Le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius a salué l'accord et appelé « à la constitution d'un gouvernement d'unité nationale (...) qui devra s'installer dans les meilleurs délais à Tripoli ». « C'est la condition pour faire reculer le terrorisme », a-t-il réagi.