Voile intégral: une interdiction qui fait débat en Afrique de l'Ouest

Une femme porte le niqab dans un quartier d’Abidjan en Côte d’Ivoire.
© AFP / ISSOUF SANOGO

Face aux multiples attaques de femmes kamikazes, le sommet de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) réuni au Nigeria recommande aux Etats africains l'interdiction du port du voile islamique intégrale. Une proposition reçue de façon mitigée par la communauté musulmane du Mali et du Burkina Faso.

La mesure fait déjà beaucoup parler en Afrique de l’Ouest, une région qui compte de nombreux pays à majorité musulmane.

« Ce n’est pas bon de les empêcher de le porter, chacun son choix », a estimé un habitant. « Le port du voile, c’est comme une culture, je ne vois pas le mal », a renchéri un autre homme. Pour ce Malien, « chacun a sa manière de penser, interdire le voile ne va faire qu’empirer la situation. Il faut laisser les gens porter leur tenue comme ils le veulent. »

Même constat au Burkina Faso. Voile sur la tête, Barry Kadidia, à l'image de certains musulmans, conteste la recommandation issue du sommet de la Cédéao sur l'interdiction du port du voile intégral : « Le voile intégral n’a rien à voir avec le terrorisme, les kamikazes ne sont pas voilés. Interdire le voile intégral, c’est diminuer l’islam. »

Lutter contre les kamikazes

A Abuja, les chefs d'Etat de la Cédéao se sont entendus, jeudi 17 décembre 2015, pour recommander l'interdiction du voile islamique. L’objectif est de lutter contre le terrorisme et la multiplication des attaques de femmes kamikazes.

Au terme de ce sommet, les chefs d'Etat ouest-africains se sont accordés pour prendre « des mesures appropriées visant l'interdiction de tout port vestimentaire rendant difficile l'identification des personnes », a lu Kadré Désiré Ouédraogo, le président en exercice de la Cédéao.

« La bonne cause »

Si la mesure est décriée par certains, d’autres saluent l’engagement. « On est dans un Etat de droit, il y a des gens qui meurent à cause du terrorisme, c’est pour la bonne cause », s’est exprimé un citoyen du Mali.

Son voile sur la tête, Aminata Kaboré et d'autres coreligionnaires partagent l'avis des chefs d'Etat, mais suggèrent que la décision obtienne d'abord l'assentiment des leaders de la communauté musulmane.

Le voile intégral est déjà interdit au Congo-Brazaville et au Tchad, et dans certaines régions du Niger et du Cameroun.

« L'interdiction du port du voile intégral ne peut pas être la solution contre le terrorisme », a lancé Abdoulaye Nombré. Ce musulman reste convaincu : la seule solution contre le terrorisme, c’est la dénonciation de toute personne suspecte.