Burundi: la médiation ougandaise relancée

Le président burundais Pierre Nkurunziza et le président ougandais Yoweri Museveni à Bujumbura, le 14 juillet 2015.
© RFI/Sonia Rolley

Après cinq mois d'interruption, le dialogue politique doit reprendre au Burundi. En tout cas, c'est ce que souhaite l'Ouganda qui joue un rôle de médiateur dans la crise. L'opposition et le pouvoir burundais ne se sont pas parlé depuis le mois de juillet 2015. Les autorités avaient alors mis fin aux discussions, juste avant la présidentielle controversée, remportée par Pierre Nkurunziza. Depuis, rien. Le pouvoir se disait ouvert au dialogue mais refusait des débats à l'étranger. C'est pourtant ce que réclamaient les opposants pour des raisons de sécurité. Et ils ont eu gain de cause.

Il aura donc fallu cinq mois pour que la médiation ougandaise soit relancée. Entamée en juillet dernier, lors de la visite du président ougandais, Yoweri Museveni, à Bujumbura, elle avait été suspendue au moment de la réélection de Pierre Nkurunziza. Depuis, même si des discussions informelles étaient en cours, les consultations semblaient être dans une impasse.

Le 28 décembre, ce seront pourtant les quatorze groupes consultés en juillet par le président ougandais qui devraient se retrouver autour d'une table. Gouvernement, parti au pouvoir, opposition, société civile, communauté d'affaires et médias sont ainsi conviés à Entebbe, ancienne capitale de l’Ouganda, près de Kampala. Ces différentes parties discuteront en présence de Yoweri Museveni. Un dialogue, qui, pour l'instant, est bien accueilli par l'opposition burundaise.

Dès samedi 19 décembre, le ministre ougandais de la Défense, Crispus Kiyonga a annoncé la reprise de la médiation. IL reconnaît qu'il n'a pas été facile de convaincre tout le monde, qu'il a fallu du temps mais il veut croire à une solution politique.

« Le président Museveni était à Bujumbura, en juillet. Nous sommes désormais en décembre. Pourquoi ce délai ? Il a fallu tout ce temps pour trouver ce consensus afin de nous retrouver à la table des négociations. Il y a eu un délai parce qu'il a fallu amener les gens à être sur la même longueur d'onde. Les parties impliquées dans les discussions sont principalement les personnes que le président Museveni a rencontré mi-juillet, à Bujumbura. Ils étaient quatorze groupes dans le dialogue à Bujumbura. Le premier était le gouvernement, le second était le parti au pouvoir et il y avait les partis d'opposition mais aussi des partis qui supportent le gouvernement. Il y avait la société civile, les représentants des communautés d'affaires, les médias... Le coup d'envoi de la reprise des discussions aura lieu à la State House à Entebbe et sera dirigé par le président Museveni lui-même. Après cela, les discussions doivent avoir lieu à Arusha parce que c'est une médiation est-africaine », a souligné le ministre ougandais de la Défense, Crispus Kiyonga.

Satisfaction de l'opposition

Au Cnared - plateforme d'opposition contre le troisième mandat de Pierre Nkurunziza - on se réjouit de cette reprise des négociations. Cependant et cette fois-ci, pour Pancrace Cimpaye, porte-parole de la plateforme, le ton sera différent.

« Nous faisons confiance à la médiation, mieux vaut tard que jamais. Mais les négociations qui doivent se passer à Kampala n’ont rien à voir avec ce qui s’est passé à Bujumbura. Maintenant, au-delà du troisième mandat, il y a le contentieux de sang qui est là, il y a des massacres », a-t-il précisé.

Même si pour l'instant, l'opposition affirme ne pas avoir reçu d'invitation officielle, l'espoir est là. Cette fois, le dialogue se fait en dehors du Burundi et sous les yeux de la communauté internationale. Une pression qui pourrait faire la différence, selon Jérémy Minani, un autre responsable du Cnared.

De leur côté, les autorités burundaises sont jusqu'ici restées silencieuses mais, selon une source proche des autorités, une délégation gouvernementale devrait se rendre sous peu à Kampala pour discuter avec le président ougandais.

Les femmes seront aussi entendues

La capitale ougandaise a aussi accueilli, du 14 au 18 décembre, un forum des femmes de la région, autour de la crise burundaise. C'est ainsi que les membres du Mouvement des femmes et des filles burundaises pour la paix et la sécurité – des femmes exilées, pour la plupart - ont pu se concerter pour la première fois. Leur objectif est de participer à la médiation pour trouver une issue au conflit burundais.

Les militantes burundaises sont parrainées par Speciosa kazibwe, ex-vice-présidente ougandaise restée très influente. Jusqu'à présent, le mouvement des femmes et des filles burundaises pour la paix et la sécurité existait uniquement sur les réseaux sociaux, eh bien cette semaine, il a été reçu par le ministre ougandais de la Défense, Crispus Kiyonga.

Elles sont venues de partout - Burundi, Rwanda, Tanzanie mais aussi des Etats-Unis ou de Bruxelles - pour parler de solutions au Burundi. Il est essentiel pour elles, que les femmes soient représentées, en tant que telles, à la table des négociations.

« Nous, en tant que femmes, nous représentons quand même à peu près 52% de la population. Et nous, nous disons qu’on ne peut pas parler de notre sort, en notre absence et c’est pour ça que nous disons que nous devons être à la table des négociations », explique Marie-Louise Baricako, présidente du Mouvement des femmes et des filles burundaises pour la paix et la sécurité.

Cet appel a été entendu par le ministre de la Défense. Une des militantes assure que lors de ce contact, il y a eu des promesses selon lesquelles « les femmes seront prises en compte » dans le dialogue.

Cessation des hostilités, désarmement des milices ou encore la réouverture des médias... Les revendications de ce groupe sont précises et elles ont des chances d'aboutir, assure cette même militante.

« Ce n’est pas la première fois que les femmes participent à ce genre de dialogue. Nous avons été à Arusha et nous avions une délégation vraiment la plus inclusive possible. Nous sommes convaincues que nous pouvons apporter une valeur ajoutée parce que nous avons constaté que les hommes ont échoué, la classe politique burundaise a échoué. Et je pense que nous pouvons apporter une solution », a-t-elle dit.

Soutenu par Specioza Kazibwe, ex-vice-présidente de l'Ouganda et personnalité influente, ce mouvement devrait donc faire partie de la prochaine table ronde annoncée pour le 28 décembre.