Affaire Sankara: mandat d’arrêt international contre Compaoré

L'ancien chef de l'Etat burkinabè, Blaise Compaoré.
© AFP / FABRICE COFFRINI

La justice militaire burkinabè a lancé un mandat d'arrêt international contre l'ancien chef d'Etat Blaise Compaoré, pour son implication présumée dans la mort de Thomas Sankara. Ce dernier avait été assassiné en 1987 lors du Coup d'Etat qui avait porté Compaoré au pouvoir.

Ça me fait plaisir, je suis contente (...) J'attendrai le jour où je le verrai comparaitre devant les tribunaux burkinabè
Mariam Sankara
21-12-2015 - Par Christophe Boisbouvier

Un mandat d'arrêt international contre l'ex-président Blaise Compaoré a été établi, selon une source proche du dossier, dans le cadre de l’affaire de l'assassinat de Thomas Sankara. Il a été émis depuis le 4 décembre 2015 et transmis aux autorités ivoiriennes qui n’ont pas encore réagi à la demande de la justice burkinabè.

Selon l’avocat des accusés, ce mandat figure déjà dans le dossier judiciaire. Les principaux inculpés dans cette affaire, dont le général Gilbert Diendéré, qui fut l’homme de confiance de Compaoré, sont poursuivis pour « assassinat, attentat et recel de cadavre ». L’ancien président Blaise Compaoré est visé par les mêmes chefs d’accusation.

Le président ivoirien Alassane Ouattara est attendu à Ouagadougou pour la cérémonie d’investiture du président Roch Marc Christian Kaboré. Il y a de fortes chances pour que ce dossier soit abordé par les deux hommes, ainsi que celui des écoutes téléphoniques. Le directeur de la justice militaire a prévu une conférence de presse mercredi prochain.

« Je pense que c’est l’avancée la plus notable dans l’instruction du dossier Thomas Sankara, a estimé Prospère Farama », l'un des avocats de la famille.

Selon lui, Blaise Compaoré a « clairement dit à certaines occasions que [le soir de l'assassinat], il était question de l’arrêter personnellement et que ses éléments à lui avaient pris les devants. »

L'ancien président du Burkina FasoThomas Sankara, assassiné en 1987. © © DR

Vingt-sept ans d'attente

Ces soir-là, le jeudi 15 octobre 1987, le capitaine Thomas Sankara est en réunion avec des ministres, lorsqu’un commando prend d’assaut le bâtiment du Conseil de l’Entente, le siège du gouvernement. Le capitaine Thomas Sankara et douze responsables sont tués.

Sur le coup, aucune enquête n’est menée. Officiellement, les autorités concluent à « une mort naturelle ». Quelques jours plus tard, Blaise Compaoré, le bras droit de Thomas Sankara, le remplace à la tête de l’Etat.

Il a fallu attendre 27 ans et le départ de Blaise Compaoré pour qu’une enquête soit ouverte, en mars 2015. Car jusque-là, les circonstances de la mort de Sankara restaient un sujet tabou.

Depuis, les restes du corps présumé du capitaine Thomas Sankara ont été exhumés. L’autopsie a révélé que la dépouille était « criblée de balles ». Et ces dernières semaines, la machine judiciaire semble avoir pris un coup d’accélérateur.


■ Les tests ADN ne donnent rien

Concernant les analyses pratiquées sur la dépouille présumée de Thomas Sankara, les résultats de ses tests ont été portés lundi à la connaissance des familles. Mais ils n'ont pas permis de détecter un ADN et de confirmer que ces restes appartiennent bien à l'ancien président burkinabè.

L’atmosphère était tendue au tribunal militaire de Ouagadougou ce lundi. A la sortie de l’audience, aucun membre des familles n’a souhaité réagir aux résultats des tests ADN pratiqués sur les dépouilles présumées de l’ancien chef de l’Etat burkinabè Thomas Sankara et de ses compagnons. « Je suis tellement fâchée que je ne peux pas vous parler », a lâché la fille d’une victime.

Pendant que les autres proches quittaient le palais au pas de course, certains avocats ont tout simplement lancé un laconique « les résultats n’ont rien donné », avant de s’éclipser. « Le laboratoire national de police de Marseille a effectué trois essais, pour emprunter un jargon scientifique », a expliqué l’un des avocats de la famille Sankara. « Les premier et deuxième niveaux confortent les résultats de l’autopsie. Mais au troisième niveau, l’expertise scientifique conclue qu’il n y a pas d’ADN détectable » a poursuivi Me Benewendé Stanislas Sankara.

En d’autres termes, l’état des dépouilles exhumées en mai dernier ne permettaient pas au laboratoire de certifier l’existence d’ADN. Les résultats d’expertise ne confirment donc pas que les restes retrouvés dans les tombes sont ceux du capitaine Thomas Sankara et des douze personnes à ses côtés au moment de sa mort. Les familles devront donc se contenter des résultats d’autopsie et des objets retrouvés après les exhumations.

Les inculpés dans le dossier ont assisté à la présentation des résultats. Détenus à la maison d’arrêt et de correction des armées, le général Gilbert Diendéré et les autres sont arrivés ensemble, dans un fourgon sous très haute surveillance. « Les inculpés n’ont pas été entendus. Ils sont venus juste pour la présentation des résultats », a indiqué Me Mathieu Somé, l’avocat du général Diendéré.