Violences à Djibouti: pouvoir et opposition s'accusent mutuellement

Le président de la principale coalition d'opposition USN Ahmed Youssouf Houmed aurait été blessé lors d'une intervention policière au cours d'une réunion de son parti, après des violences meurtrières dans la capitale djiboutienne.
© Bertrand GUAY / AFP

Le bilan officiel des violences qui ont eu lieu lundi 21 décembre au matin à Djibouti fait état de 7 morts et 70 blessés, dont 23 civils. Mais la principale coalition d’opposition, l’USN (Union pour le salut national), avance quant à elle les chiffres de 25 morts et plus de 150 blessés. Des bilans contradictoires, tout comme les versions des faits.

Tout a commencé par les préparatifs d’une cérémonie traditionnelle à Balbala. Dans cette ville populaire située en périphérie de la capitale djiboutienne, des centaines de personnes étaient rassemblées quand des heurts ont éclaté. Pour le reste, beaucoup d’interrogations subsistent.

■ Pourquoi ces violences ?

Selon l’USN, la cérémonie a été violemment dispersée parce qu’elle était interdite par les autorités, en raison de l’état d’urgence, mais aussi de l’appartenance d'un grand nombre des membres de cette ethnie à des partis d’opposition.

Une version démentie par le porte-parole du gouvernement djiboutien. Il assure que la cérémonie était autorisée et qu'elle devait simplement être déplacée vers un lieu sécurisé. C’est à ce moment que des personnes infiltrées dans la foule ont attaqué les forces de l’ordre à coup de machette et de kalachnikov.

■ Qui sont les suspects ?

Une enquête est en cours, affirme le ministre, tout en soulignant que les déclarations de l’opposition sont inquiétantes. « Ils pourraient avoir à répondre de ces attaques », a prévenu le porte-parole du gouvernement. Mais pour l’USN, c’est bien la police qui a ouvert le feu sur la foule.

Quoi qu’il en soit, on peut affirmer qu’il s’agit d’une étape franchie dans l’escalade de la violence à Djibouti. Opposition et gouvernement ont appelé au calme, de même que le ministère français des Affaires étrangères qui affirme suivre avec inquiétude les violences de ces derniers jours.

■ Des cadres de l'opposition blessés ?

L’USN affirme avoir tenu une réunion de son bureau exécutif un peu plus tard pour discuter de la situation. Une réunion au cours de laquelle la police serait violemment intervenue. Une information corroborée par une source diplomatique. Le bilan de cette intervention serait de plusieurs blessés, dont le président de l’USN Ahmed Youssouf Houmed, un ancien ministre, ainsi qu’un jeune député qui se trouverait entre la vie et la mort.

Le secrétaire général ainsi que le porte-parole de l’USN auraient également été arrêtés. Une situation d’une « gravité exceptionnelle », déplore la Ligue djiboutienne des droits de l’homme, qui dénonce depuis plusieurs mois la multiplication des arrestations d’opposants à l’approche de l’élection présidentielle d’avril 2016. Election à laquelle l’actuel président Ismaïl Omar Guelleh s’est finalement déclaré candidat la semaine dernière. Au pouvoir depuis 1999, il briguera un quatrième mandat.