Les raisons du bain de sang à Djibouti

Le président Guelleh aurait tenté, mais en vain, d'obtenir un soutien public du clan Yonis Moussa à l'occasion de cette manifestation, ce que le clan a refusé.
© AFP PHOTO/Carl de Souza

Djibouti compte ses morts après la répression lundi 21 décembre d'une manifestation culturelle dans le quartier de Balbala en périphérie de Djibouti-ville. Selon le pouvoir, les heurts auraient fait sept morts et 70 blessés. L'USN, une coalition de partis d'opposition, parle de 25 morts et de 150 blessés et dénonce la répression à tout va depuis l'adoption par le régime d'un décret sur l'état d'urgence, le 25 novembre dernier. Le contexte politique se dégrade en effet depuis plusieurs semaines à Djibouti et l'opposition dénonce le durcissement du régime à l'approche de la présidentielle d'avril 2016. C'est dans ce contexte qu'il faut d'ailleurs resituer le drame qui s'est déroulé à Balbala.

La communauté Yonis Moussa, un sous clan des Issas, voulait commémorer lundi la mémoire de son fondateur comme elle le fait chaque année. Mais la manifestation a dégénéré en heurts avec les forces de l'ordre déployées dans le quartier de Balbala.

Alors que l'opposition et le gouvernement se rejettent la responsabilité des dérapages, plusieurs responsables n'hésitent pas à dire que c'est une tentative de récupération politique qui a provoqué cette flambée de violence. En effet, le président Guelleh aurait tenté, mais en vain, d'obtenir un soutien public du clan Yonis Moussa à l'occasion de cette manifestation, ce que le clan a refusé.

Est-ce à la suite de ce refus que sont intervenues les forces de l'ordre ? Les leaders de l'USN, le regroupement de l'opposition, en sont convaincus. Mais d'autres responsables affirment que la méfiance du pouvoir vise surtout le sous clan Odahgob et son leader, l'homme d'affaires entré en dissidence, Abdourahman Boré. Récemment, La Lettre de l'Océan Indien affirmait que le président Ismaïl Omar Guelleh avait purgé sa garde rapprochée de tout membre de cette communauté.

Ce qui est certain, c'est que l'approche de la présidentielle d'avril prochain ravive les tensions, d'autant que sous prétexte de lutte contre le terrorisme, le gouvernement a instauré l'état d'urgence et interdit les manifestations. Des responsables de l'opposition en exil tirent la sonnette d'alarme. Il ne faut pas, disent-il, que la politique divise les communautés.