Violences à Djibouti: la communauté internationale reste discrète

Djibouti devrait rester l'une des principales bases françaises à l'étranger.
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A Djibouti, alors que les autorités ont fini par reconnaître que la police a tiré à balles réelles sur les manifestants lundi 21 décembre dans la banlieue de Balbala, la communauté internationale reste étonnamment discrète sur la situation dans ce pays de la Corne de l'Afrique. De son côté, la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH) a accusé la Garde républicaine.

« Chaque jour Paris et Washington critiquent le Burundi mais dès qu'il s'agit de Djibouti, c'est le silence », a reproché un opposant djiboutien qui vit en exil. Pour lui, la discrétion des grandes puissances tient au fait qu'elles disposent de bases militaires dans ce pays et ne veulent pas froisser son président. Un jugement abrupt que les réactions internationales ne risquent pas de faire évoluer.

En effet, le ministère français des Affaires étrangères s'est contenté d'indiquer qu'il suivait avec « inquiétude » l'évolution des violences qui secouent Djibouti. De son côté, l'Union européenne est encore plus tiède : « Les épisodes de violence constituent un défi pour les autorités djiboutiennes », a indiqué Bruxelles qui souligne qu'il est important que les auteurs de ces violences soient poursuivis. Quant à l'Union africaine, à Washington ou à Pékin, c'est carrément le silence radio.

Réagir en conséquence

Pour Daher Ahmed Farah, le porte-parole de l'USN, la coalition de partis d'opposition, la communauté internationale devrait pourtant prendre la mesure de la situation et réagir en conséquence. Il a affirmé que les grandes puissances « doivent tenir compte des intérêts du peuple djiboutien et pas uniquement de son président ».

Le bilan de ces affrontements est lourd. Djibouti compte ses morts après la répression lundi 21 décembre d'une manifestation de la communauté Yonis Moussa dans le quartier de Balbala en périphérie de Djibouti-ville. Le bilan est incertain : la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) le chiffre à 27 morts contre sept pour les autorités

« L’impunité est chose commune à Djibouti »

D'après la FIDH, les violences commises par l'armée et notamment la Garde républicaine (la garde présidentielle) ont aggravé le bilan. « L’impunité est chose commune à Djibouti puisqu’aucun militaire et policier n’a eu à rendre des comptes des répressions de ces vingt dernières années », a expliqué Florent Geel, responsable Afrique de la FIDH.

Incriminant la Garde républicaine, il a ajouté : « Face à la résistance des fidèles, la police a fait appel en renfort à la garde présidentielle, qui elle est intervenue directement et a tiré dans la foule, tuant au moins 25 ans personnes, et portant le bilan de cette répression à 27 personnes, avec 150 blessés au moins. »

Au pouvoir depuis 1999, le président Ismaël Omar Guelleh devrait se présenter à l’élection présidentielle prévue en avril 2016 pour briguer un quatrième mandat. Amendée en 2010, la Constitution ne limite plus le nombre de mandats présidentiels.

Des chiffres « totalement absurdes »

Le procureur de la République Maki Omar Abdoulkader est revenu sur le déroulé des événements. Il juge ces chiffres « totalement absurdes ». « Je peux vous affirmer aussi qu’il y a des coups de feu qui étaient tirés des deux côtés, de telle sorte qu’on ne puisse pas, à l’heure actuelle, dire avec exactitude d’où proviennent les coups de feu qui ont été mortels pour les personnes décédées, notamment il y a une fillette qui a perdu la vie », a-t-il déclaré.

De son côté, Daher Ahmed Farah, le porte-parole de la coalition d'opposition Union pour le Salut national (USN) libéré hier, juge sa détention « illégale et arbitraire » puisqu'aucun motif ne lui a été signalé et que l'accès à un avocat ou un médecin lui ont été refusés. « Si le procureur avait ordonné l’arrestation de l’un des membres de l’USN, il aurait pu délivrer un mandat d’amener à la police qui se serait présentée avec le mandat. Il n’y aurait eu aucun problème », a-t-il déclaré avant d'ajouter : « Je pense que le régime a décidé d’empêcher toute expression, qu’elle soit politique ou civile, toute expression indépendante de lui. Voilà la vérité ! Et cela est inacceptable ».