Burkina Faso: retour sur une année mouvementée

Le nouveau président élu Roch Marc Christian Kaboré.
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Des réformes, une tentative de coup d'Etat et des élections générales. L'année 2015 au Burkina Faso fut riche et mouvementée. Le pays est passé tout prêt du gouffre, mais au final, les Burkinabè ont évité le pire.

Une année historique. Après la chute du président Compaoré fin 2014, les autorités de la transition ont voulu mener au pas de charge une série de réformes institutionnelles. Pas moins de 80 lois ont été adoptées pour transformer le pays. Dans tous les domaines, les Burkinabè ont voulu rattraper le retard et changer le pays en profondeur.

« Certaines de ces réformes étaient en chantier depuis plus de dix ans, rappelle Guy Hervé Kam, avocat et membre de la société civile Et en l'espace d'un an, ces réformes ont été faites. Pour nous, ce sont là les éléments clés de la transition. C'est pour cela que dès le départ nous avions choisi une transition de un an. En disant qu'il fallait faire des réformes pour faire en sorte que les mêmes causes ne produisent pas les mêmes effets. C'était de travailler sur l'infrastructure qui permettrait à tous les citoyens burkinabè dans le cadre d'un régime démocratiquement élu, de pouvoir travailler, de pouvoir revendiquer, de pouvoir profiter de son travail. Et donc de ce point de vue-là on peut dire quand même que cela valait la peine de faire cette transition. »

Des réformes critiquées

Le RSP, la garde prétorienne du président renversé Blaise Compaoré, se fâche avec le Premier ministre. La querelle s'envenime tout au long de l'année et débouche le 16 septembre sur un coup d'Etat. A la télévision, le colonel Bamba annonce la dissolution des institutions.

« Les mesures immédiates suivantes sont prises. Premièrement, le président de la transition est démis de ses fonctions. Deuxièmement, le gouvernement de transition est dissout, troisièmement le Conseil national de transition est dissout », avait déclaré le colonel Bamba.

L'abandon rapide du général Diendéré

Face à la révolte de la rue et à la pression internationale, l'auteur du coup, le tout-puissant général Diendéré capitule au bout d'une semaine. « Le plus gros tort a été d'abord de faire ce putsch. Parce qu'aujourd'hui, lorsque l'on parle de démocratie, l'on ne peut se permettre encore de faire des actions de ce genre. Mais, enfin, cela s'est passé. Nous avons su que le peuple n'était pas favorable à cela, c'est pour cela que nous avons tous simplement abandonné », avait avoué le général Diendéré.

La victoire des urnes

Les Burkinabè prouvent, ensuite, au monde qu'ils ont de la ressource. Le 29 novembre, Roch Marc Christian Kaboré est élu au premier tour. Le peuple a parlé. Et après avoir glissé son bulletin dans l'urne, le président de la transition Michel Kafando a le sentiment du devoir accompli.

« C'est une victoire d'abord pour la transition qui avait mis un point d'honneur à organiser ces élections dans le cadre d'une année, avait déclaré Michel Kafando. C'est une victoire aussi pour le peuple burkinabè parce qu'aujourd'hui, après une éclipse de 27 ans, nous en revenons au système d'un vote pleinement démocratique, transparent, clair. Nous l'avons voulu ainsi, parce que pour aller à l'étape suivante, à savoir mettre en place les autorités que vous allez élire et promouvoir une véritable société de changement, il fallait véritablement que ce scrutin soit crédibilisé. »

En cette fin d'année, une affaire a défrayé la chronique au Burkina Faso. La justice a rouvert le dossier de l'assassinat du héros national, Thomas Sankara en 1987. Elle a lancé un mandat d'arrêt contre l'ex-président Compaoré pour son rôle présumé dans cet assassinat. Treize mois après sa chute Blaise Compaoré est désormais un fugitif.