Burundi: le Forebu n'inquiète pas la présidence

Des soldats burundais quittent le quartier de Cibitoke à Bujumbura, le 1er juillet 2015.
© MARCO LONGARI / AFP

Au Burundi, un ancien lieutenant-colonel de l'armée, Edouard Nshimirimana a lu, mercredi 23 décembre, une déclaration annonçant la création d'une rébellion contre le troisième mandat de Pierre Nkurunziza. Cet ex-haut gradé des FDN dit représenter les corps de défense et de sécurité burundais qui ont fui les rangs de l'armée et de la police officielle. Ce nouveau mouvement a pris pour nom Les Forces républicaines du Burundi (Forebu). Son but : chasser le président du pouvoir et veiller au respect des accords d'Arusha. Comment réagit-on à cette annonce dans la capitale ?

Du côté des autorités, on remonte à quasiment un an auparavant. A l'attaque depuis le Congo sur la province de Cibitoke. Il y a eu plusieurs tentatives, les forces de défense les ont toujours balayées en quelques heures ou jours, expliquent plusieurs officiels. Au sein des services de sécurité, on se dit serein, même si on cherche à en savoir plus sur l'organigramme, la composition et la capacité de nuisance de ce groupe.

« Le Forebu, c'est le nom qu'ils se donnent aujourd'hui, mais ils essaient de déstabiliser le pays depuis des mois », confirme une source sécuritaire qui s'agace. « Ils envoient des jeunes à la mort, sans formation, parfois même sans armes, c'est criminel », poursuit ce responsable. Quand certaines sources évoquent la récupération de stocks d'armes dans l'un des camps attaqués le 11 décembre dernier. Ce responsable sécuritaire répond que c'est faux, et assure que dans les heures qui ont suivi, toutes les armes ont été récupérées et l'essentiel du groupe anéanti.

« Pas de mouvement organisé au Burundi »

On ne sait encore que peu de choses de ce mouvement qui dit être basé dans Bujumbura rural. Mais pour la présidence burundaise, ce serait avant tout une création des médias internationaux. « D'abord cela ne nous dérange pas, c'est seulement amplifié par les médias internationaux. Mais au pays, c'est le calme. On sait bien qu'il peut y avoir des groupes de gens qui peuvent tuer et semer la panique concernant la population. Mais les forces de défense de sécurité ont déjà démantelé plusieurs groupuscules en quelques heures. Et même celui-ci [le Forebu, ndlr] qui officialise seulement [maintenant, ndlr] son existence, mais qui existait déjà, est en phase d'être démantelé », indique le conseiller principal du président Nkurunziza, chargé de la communication, Willy Nyamitwe. « Donc ce n'est pas un truc qui peut inquiéter ni la population burundaise, ni le gouvernement, c'est seulement amplifié par les médias internationaux. Ca ne nous fait ni chaud, ni froid au Burundi. Les Burundais restent sereins. »

Et lorsque l'on pose la question de la présence du Forebu sur le sol burundais, M. Nyamitwe balaye : « est-ce que vous croyez au fait qu'il puisse être sur le sol burundais ? Ce sont des informations mensongères. Il n'y a pas d'élément armé qui se cache dans Bujumbura rural. Il peut y avoir quelques civils qui détiennent des armes illégalement, raison d'être du désarmement forcé actuel. Sinon, comme un mouvement suffisamment organisé, non, il n'y en a pas sur le sol burundais. »

Dans le centre de Bujumbura, en ce réveillon de Noël, plusieurs habitants n'avaient pas envie d'en parler. Qu'ils soient pro ou anti-troisième mandat, tous exprimaient le souhait de ne pas voir de nouvelles violences se dérouler dans la capitale. Pour ce qui est des quartiers contestataires, là aussi, une diversité d'opinions. Qu'on en finisse mais vite, disaient ceux qui voyaient d'un bon oeil l'annonce de création de ce mouvement. D'autres, plus circonspects, disaient avoir entendu parler de division entre les présumés chefs rebelles, mais que depuis le 11 décembre, des dizaines jeunes, craignant une nouvelle répression, étaient partis les rejoindre.


Un étrange Noël à Bujumbura

Il y a encore une quinzaine de jours, le vendredi 11 decembre, plusieurs positions de l'armée ont été attaquées et où la répression a fait plus de 100 morts en quelques heures. Dans ce contexte, comment a-t-on préparé Noël dans la capitale burundaise?

Si dans d'autres quartiers on annonce la messe comme d'habitude à minuit, à Musaga, pas de veillée et des messes qui se terminent avant 20h pour permettre aux habitants de rentrer tôt
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25-12-2015 - Par Sonia Rolley