Burundi: la mission impossible de l'Union africaine

Des soldats burundais de la Mission de l'Union africaine en Somalie (AMISOM) en poste au nord de Mogadiscio, le 18 novembre 2011.
© REUTERS/Stuart Price

Au Burundi, le Conseil de paix et sécurité de l’Union africaine a demandé d’y déployer une mission de stabilisation pouvant aller jusqu’à 5000 hommes. Mais le gouvernement burundais a officiellement refusé cette semaine.

La présidente de la commission de l’Union africaine vient de relancer les autorités burundaises, selon un communiqué publié vendredi 25 décembre et titré : L’Union africaine se félicite de la reprise imminente du dialogue interburundais.

Toutes les parties se sont dites prêtes à se rendre le 28 décembre prochain à Kampala, y compris le gouvernement burundais et le parti au pouvoir. Ce dialogue sous l’égide du président Museveni avait été suspendu sine die à la veille de l’élection présidentielle tant contestée quand le camp présidentiel ne s’était tout simplement pas présenté.

L'UA réitère son appel au déploiement de la Maprobu

La communauté internationale, l’Union africaine, les Etats-Unis et l’Union européenne en tête, comptent sur ce dialogue pour couper court aux violences qui se déroulent dans la capitale Bujumbura. Mais on apprend également à travers ce communiqué que la présidente de la Commission de l’Union africaine a écrit au président Nkurunziza pour réitérer son appel au déploiement de la Maprobu, la mission de stabilisation de l’Union africaine.

Nkosazana Dlamini Zuma souligne que l'UA n'a d'autre objectif que d’aider le gouvernement et le peuple burundais à un moment où « la nécessité d’une telle assistance se fait ressentir de façon pressante ».

Pour justifier ce déploiement, l’Union africaine avait déclaré ne pas vouloir voir un autre génocide se dérouler sur son sol après une série d’attaques contre des camps militaires et surtout la répression qui s’en est suivi les 11 et 12 décembre.

Cette répression aurait fait, selon les sources, entre 100 et 200 morts en quelques heures. L’utilisation du mot génocide avait fortement déplu à Bujumbura qui parle d’une manipulation. Le Conseil national de sécurité, la structure qui réunit autour du président Nkurunziza les différents organes liés au secteur de la sécurité, s’était insurgé le 22 décembre contre ce terme.

Ultimatum de 96 heures

N’y aurait-il pas un changement de ton ? Vendredi 18 décembre, le Conseil paix et sécurité a donné au gouvernement burundais un ultimatum de 96 heures pour accepter cette force et menacé de l’imposer par la force. Et le vendredi 25 décembre, après le refus de Bujumbura, la présidente de la commission parle dans sa lettre d’un « esprit de compréhension mutuelle et de coopération ».

Du côté d’Addis Abeba, on assure que la volonté est de déployer cette force, qui du point de vue de l’Union africaine serait avec le dialogue qui s’ouvre lundi à Kampala, la seule manière de calmer les tensions et d’éviter une escalade de la violence. C’est la première fois que le Conseil paix et sécurité menace d'utiliser l'article 4H. Signe d'une volonté de « diplomatie coercitive », disent des sources au sein de l’Union africaine mais, reconnaissent-elles, qui est aussi une manière de pousser le gouvernement burundais à dialoguer avec son opposition.

Dans les faits, cet article 4H de l’acte constitutif de l’Union africaine veut dire que c’est aux chefs d’Etat d’en décider lors de la prochaine assemblée générale fin janvier. Le Conseil paix et sécurité ne peut que lui recommander. Beaucoup d’observateurs doutent de la volonté de cette conférence des chefs d’Etat de vouloir imposer le déploiement d’une force d’interposition. Ce serait perçu comme un dangereux préalable alors que plusieurs de ces présidents, qui ont de l’influence à l’UA, ont fait les changements nécessaires pour se maintenir au pouvoir au-delà de deux mandats. Certains cette année dont le Congolais Denis Sassou Nguesso et le rwandais Paul Kagame.

Le président en exercice de l’Union africaine est lui-même au pouvoir depuis 1987. Il s’agit du Zimbabwéen Robert Mugabe. On sait en tout cas ces chefs d’Etat jaloux de leur souveraineté. Le gouvernement burundais répète : « Nous sommes un pays souverain ». Le porte-parole du parti au pouvoir a même dit que si la Maprobu était déployée sans le consentement du gouvernement, elle serait considérée comme une force d’invasion.

Des obstacles au déploiement de la Maprobu

Mais il existe d’autres obstacles au déploiement de la Maprobu. D’abord, il y a ce que la présidente de la Commission de l’Union africaine a écrit à Ban Ki-Moon dans un autre courrier dont on a appris l’existence à travers ce communiqué. Elle a demandé au secrétaire général des Nations unies l’expression du soutien total de l’ONU et avant tout, un soutien financier, « à travers l'autorisation de la mise en place d’un module de soutien financé par les contributions au budget des Nations unies mises à recouvrement, de manière à permettre le déploiement rapide et effectif de la Mission envisagée ».

L’UA a des difficultés financières depuis toujours, faute du paiement de leurs contributions par ses états membres. Pour faire fonctionner sa mission en Somalie, elle dépend de fonds versés par l’Union européenne.

Cette demande de soutien, Nkosazana Dlamini Zuma dit dans ce communiqué ne l’a demandé que « sur la base du consentement explicite du Gouvernement du Burundi ».

Le Conseil de sécurité des Nations unies reste très divisé sur la question du Burundi. Si les Etats-Unis et l’Union européenne ont une position dure et ont appelé le chef de l’Etat burundais à ne pas se représenter, la Russie et la Chine ont félicité Pierre Nkurunziza pour sa réélection. Autre obstacle en cas de bras de fer entre Bujumbura et l’UA, le Burundi est un contributeur de troupes important pour l’Amisom, la force de l’Union africaine en Somalie.