Burundi: la ligue Iteka craint de ne plus pouvoir travailler

La ligue Iteka garde portes closes depuis que plusieurs de ses membres sont menacés Crtains vivent dans la clandestinité, d'autres ont fui.
© RFI/Sonia Rolley

Au Burundi, les défenseurs de droits de l’homme se disent menacés. Fin novembre, les activités de dix organisations de la société civile, dont l’Aprodh, avaient été suspendues, accusées d’être mêlées à l’organisation de manifestations contre le 3e mandat de Pierre Nkurunziza mais aussi à la tentative de coup d’Etat avortée du 13 mai. Jusque-là, la ligue Iteka, la plus ancienne ligue des droits de l’homme au Burundi, avait échappé à ces mesures. Mais au cours de ces dernières semaines, les comptes de l’organisation ont été gelés, son président a fui et sa trésorière est toujours portée disparue.

Le défunt président Melchior Ndadaye a été membre de la ligue Iteka, créé en 1991. Bon nombre de figures politiques et de la société civile sont issues de ses rangs, y compris des membres du gouvernement. Moins connue à l’étranger que sa petite sœur, l’Aprodh, c’est une institution.

« Nous nous sentons un peu partout poursuivis et que nous pouvons être arrêtés n’importe quel moment », a expliqué ce membre d’Iteka. Il a poursuivi : « Nous avons travaillé dans des moments difficiles, et en tant que défenseurs de l’homme, on se dit qu’il ne faut pas lâcher le travail mais nous nous sentons vraiment abattus. »

La disparition de la trésorière de la ligue Iteka, Marie-Claudette Kwizera, le 10 décembre, a provoqué un électrochoc au sein de ses militants. La Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) a dit avoir reçu des informations fiables : elle aurait été arrêtée, mais aucune nouvelle depuis. Le ministre burundais des Droits de l’homme a promis de se renseigner.

« Leur objectif est de me faire peur »

Gel des comptes, visite d’inconnus au bureau, menaces… Les militants de cette ligue, comme d’autres organisations de défense des droits de l’homme se demandent aujourd’hui comment ils vont continuer à travailler dans ces conditions. « Je pense que leur objectif est de me faire peur pour que j’arrête de parler sur la situation des droits de l’homme », explique cette militante.

Le risque, disent d’autres membres, c’est aujourd’hui de voir des violations des droits de l’homme commises à huis clos. Ils appellent la communauté internationale à trouver les voies et moyens de leur fournir une « protection spéciale ». Pour le ministre burundais des Droits de l’homme, ces militants devraient surtout se présenter à son bureau pour que le gouvernement puisse agir.

Il y aurait des techniques pour mener des enquêtes, et la suspension des comptes en ferait partie, explique Martin Nivyabandi. Le ministre ajoute : « Le gouvernement est en train de prendre des mesures qui pourront amener à ce que les organisations qui ne sont pas appliquées dans les violences soient rétablies dans leur droit, explique le ministre. Nous avons pris des engagements pour protéger les citoyens et les membres de l’Iteka qui se sentiraient menacés. Ils ont le droit de demander une protection s’ils se sentent menacés. »