Congo-Brazzaville: passe d'armes sur le budget santé

Vue de l'entrée de l'hôpital de Loandjili de Pointe-Noire, en mars 2011.
© AFP PHOTO / LAUDES MARTIAL MBON

Selon le ministre congolais de la Santé, les statistiques publiées par la coalition « Publiez ce que vous payez » en conclusion de leur dernière enquête de terrain ne sont pas fiables. Hier matin sur RFI, le coordonnateur de cette coalition Christian Mounzéo affirmait que plus de la moitié des projets prévus dans le budget 2014 de la santé n’auraient pas été entrepris. Pourtant, l'argent affecté aurait bien été dépensé.

« Où est passé l'argent ? », s'interrogeait hier Christian Mounzeo, coordonnateur de « Publiez ce que vous payez ».

Selon les conclusions du rapport de cette plateforme réunissant six organisations de la société civile au Congo-Brazzaville, plus de la moitié des projets prévus dans le budget de la santé n’auraient jamais vu le jour en 2014. Alors que le Congo consacre une large part de ce budget de santé, il n’y aurait que très peu de résultats visibles sur le terrain, déplore Christian Mounzeo. Seulement 8% des projets ont été pleinement réalisés et sont fonctionnels, selon l’enquête de cette coalition qui déplore des problèmes de gouvernance.

« Nous avons été dans tous les départements. Ce qui est dramatique, c'est que 54,2% des projets que nous avons pu visiter et qui ont été prévus pour l'investissement 2014, n'ont jamais démarré, indique Christian Mounzeo. Pour quelles raisons ? Sans doute le gouvernement devrait y répondre. On a besoin de savoir parce qu'il semble que du point de vue de la gouvernance, il y a véritablement des problèmes. On voit également qu'il y a des centres de santé qui n'ont pas toujours de personnels. On voit également que les conditions matérielles ne sont pas toujours réunies. On pense aux ressources que nous avons et qui d'ailleurs peuvent se volatiliser. On se dit qu'il y a mieux à faire avec les ressources à disposition. »

« Statistiques douteuses »

La réponse du ministre congolais de la Santé, François Ibovi, est intervenue ce samedi : « L’association n’est pas déclarée au ministère de la Santé. Nous n’avons jamais reçu une quelconque demande de cette association qui évolue comme une organisation clandestine. Est-ce que cette enquête a réellement existé ? Je n’en sais rien. Ça peut être le produit d’un laboratoire ici à Brazzaville. Je crois qu’il y a une sous-information au niveau de l’association, et qui empêche d’apprécier des efforts du gouvernement en ce moment dans le secteur », s'est-il défendu.

Le ministre estime par ailleurs que leur travail n'est pas fiable et explique que le budget a fait l'objet d'un rectificatif en cours d'année. « En 2014, la ligne forte du budget est constituée par la construction des hôpitaux généraux des départements, des structures lourdes qui coûtent énormément d’argent pour le gouvernement. D’ailleurs, ce que l’association ne dit pas, c’est qu’il y a eu aussi un collectif budgétaire qui tient compte de l’ampleur de la construction effectivement des hôpitaux généraux de départements. Tous les hôpitaux en construction, simultanément dans tous les départements du Congo, il faut le faire ! On n’a jamais fait ça depuis les indépendances. Donc on ne peut pas nous ramener à des statistiques qui sont douteuses », estime-t-il.

Dans son rapport, l'association « Publiez ce que vous payez » déplore par ailleurs le manque de coopération de la part des « administrations des grandes structures de Brazzaville ».