Burundi: les proches de disparus demandent une enquête indépendante

Un véhicule militaire transportant des hommes menottés, dans le quartier de Musaga, à Bujumbura, le 11 décembre 2015.
© AFP

Au Burundi, quinze jours après les attaques contre des camps militaires et la répression sanglante du 11 décembre dernier à Bujumbura, des familles se disent toujours sans nouvelles de leurs proches. A l'époque, le porte-parole de l'armée avait parlé de « 79 ennemis tués et 45 faits prisonniers ». Des organisations locales et internationales de défense des droits de l'homme avaient évoqué un bilan plus lourd, et notamment la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH) qui avait, en guise de bilan provisoire, évoqué 154 morts et environ 150 jeunes portés disparus.

Si beaucoup de familles et notamment des mères, à la fois en colère et effrayées, se refusent aujourd'hui à témoigner, estimant que cela ne leur ramènera pas leurs enfants et risquerait de les mettre en danger, d'autres en appellent à la communauté internationale, lui demandant de mener une enquête indépendante pour leur permettre de connaître la vérité et d'enterrer leurs morts.

Depuis le 11 décembre, ce jeune homme dit avoir cherché partout son cousin, âgé de 17 ans. Des témoins lui ont assuré qu’il avait été arrêté dans leur quartier, à Musaga : « Il a été embarqué par la police dès le lendemain. On a fait le tour des cellules de la police. On est même allé voir à la documentation. Jusqu’à maintenant, on n’a aucune nouvelle de lui. On croit vraiment qu’il est déjà mort. Il n’avait pas participé aux manifestations. Il n’était pas concerné par tout cela. Il avait 17 ans. Il n’a vraiment rien à voir, vraiment ! On croit qu’ils l’ont pris et tué ailleurs, et qu’on ne retrouvera jamais son corps. »

Autre quartier, celui de Ngagara, cet homme dit d’être sûr et certain que son frère a été tué par des militaires. Il a découvert le lendemain des traces de sang qui, dit-il, avec encore beaucoup d’émotion, ne lui laissent que peu de doute : « Après avoir appris qu’il est mort, on a entendu qu’on a pris les corps et on les a enterrés dans des fosses communes. Je demande à la communauté internationale de faire une enquête indépendante parce que, dans notre pays, une justice indépendante, il n’y en a pas. Il n’y a pas d’enquête. Le pouvoir en place aujourd’hui a tendance à cacher les choses. »

Pour le ministre burundais des Droits de l’homme, Martin Nivyabandi, la population devrait se méfier de ces informations faisant état de l’existence de fosses communes. Il dénonce la propagation de fausses photos sur les réseaux sociaux, et il encourage les familles à se présenter à son ministère pour déclarer la disparition de leurs proches et faciliter les enquêtes.


 ■ Répression du 11 décembre : un proche de disparus témoigne

Ecouter le témoignage
27-12-2015 - Par Sonia Rolley

RFI a rencontré un proche de disparus. Celui-ci pense que son frère et son collègue de travail ont été exécutés par les forces de sécurité le 11 décembre dernier.

RFI : Comment vous-êtes vous rendu compte de la mort de votre frère et de votre colègue ?

Le samedi, je me suis rendu sur le terrain. J’ai vu le reste du sang, là où ils ont été tués. Jusqu’à maintenant, on n’a pas encore vu leurs corps. C’est très très dur. Je ne parviens pas comment dire ça, c’est trop dur.

Pourquoi est-ce qu’ils ont pris les corps ?

Moi, ce que je comprends, c’était juste pour cacher les traces parce que ce jour-là, ils ont tué beaucoup de gens.

Mais votre frère était insurgé ? Parce que les autorités disent que tous les membres sont des insurgés...

Non, il n’était pas insurgé et il a été tué sur le lieu même du travail. C’est trop dur parce que jusqu’à maintenant, les autorités n’ont rien fait. Elles n’ont même pas l’envie de le faire, quand on essaie de voir.

Pourquoi est-ce grave de ne pas pouvoir enterrer son proche ?

C’est très grave parce que si on enterre quelqu’un, on est sûr d’abord qu’il est mort, puis, on lui rend l’honneur qu’il a, puis on pleure et c’est fini ! Donc ça sort directement de la tête. Mais pour le moment, il y a par exemple ma mère qui reste, qui est là, et qui attend toujours son fils qui va revenir.