Centrafrique: à quoi joue Noureddine Adam?

Des soldats de l'ex-Seleka dans un pick-up, au nord de Bangui le 27 janvier 2014.
© REUTERS/Siegfried Modola

Il y a une semaine, Noureddine Adam provoquait la surprise et déclarait son soutien aux élections ainsi que son rejet de la partition de la Centrafrique, huit jours seulement après avoir proclamé le 14 décembre une « République autonome » dans le nord-est du pays. Un revirement dû à la médiation de l'OCI et du Tchad, mais également à une réalité du terrain qui ne lui laisse guère d'autres choix.

Noureddine Adam est l'invité Afrique de RFI ce lundi matin

Les autorités de la transition l’ont déclaré ennemi public numéro 1, mais la capacité de nuisance de Noureddine Adam s’est amoindrie. Sa proclamation d’une République autonome dans le nord-est du pays n’a quasiment été suivie d’aucun effet sur le terrain. Et cette partition, comme sa promesse de perturber les élections, ont été ignorées ou rejetées par les autres mouvements issus de l’ex-Seleka.

L’implosion de la mouvance en quatre groupes est d’ailleurs la conséquence de la tentative de reprise en main de la Seleka par Noureddine Adam en 2014. Aujourd’hui, il disposerait de moins de 300 hommes en armes. Son groupe, le FPRC (Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique), a également subi un sérieux revers face aux forces internationales à Sibut en octobre, alors que ses hommes descendaient vers Bangui.

Sanctions onusiennes

De source judiciaire centrafricaine, Noureddine Adam fait l’objet d’une enquête après la découverte de cadavres derrière le camp de Roux il y a deux ans et pour les exactions présumées commises par un organe qu’il dirigeait en 2013, le Cedad, sorte de police secrète du régime Seleka.

Depuis deux ans, Noureddine Adam est sous sanctions onusiennes pour son rôle dans les nombreuses exactions commises par l'ex-Seleka. Et beaucoup en Centrafrique et à l’étranger souhaiteraient le voir assis un jour prochain dans le box de la Cour pénale internationale (CPI).

Protection tchadienne

Depuis deux ans en tout cas, Idriss Déby a donné une base arrière au numéro 2 de l'ex-Seleka. C'est au Tchad que l'ancien chef de la rébellion s'était réfugié après la dissolution de la Seleka en 2013. Noureddine Adam possède d'ailleurs une maison familiale près de Ndjamena.

Pour certains, si le président tchadien protège l'actuel leader du FPRC, c'est pour éviter qu’il ne crée des foyers de tensions à la frontière sud-est du Tchad, et notamment dans la région du Salamat. Le Tchad a donc intérêt à voir une Centrafrique stable.

Contacté mi-décembre par l'Organisation de la conférence islamique (OCI), le président Déby a accepté de faciliter la tenue de négociations au Tchad. A la présidence tchadienne, on explique qu'Idriss Déby « était très remonté après les déclarations du chef rebelle concernant la partition de la RCA. Quand l'occasion s'est présentée de le faire changer d'avis, il n'a pas hésité. »

D'autres soulignent que si Noureddine Adam a accepté de se rallier à la position d'Idriss Déby, c’est parce que le président tchadien lui aurait donné des garanties. Notamment de plaider sa cause devant les instances internationales.