Burkina: l’investiture de Kaboré met un terme à une transition solide

Michel Kafando annonce le retour de la transition à la tête du Burkina Faso, le 23 septembre 2015, après un coup d'Etat manqué.
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Au Burkina, le nouveau président Roch Marc Christian Kaboré prête serment ce mardi 29 décembre. Son investiture vient boucler une année marquée par un gouvernement de transition. Quels chantiers le Conseil national de Transition laisse-t-il au nouveau gouvernement ? En un an, le CNT a instauré des réformes, surmonté un coup d'Etat, et surtout  organisé des élections dans le calme. La plupart des observateurs tirent un bilan plutôt positif, même si un grand chantier reste encore ouvert, celui des réformes économiques et sociales.

Les autorités de la transition ont essentiellement mis l'accent sur les réformes : 80 lois ont ainsi été adoptées. « Ces réformes renforcent l'enracinement de l'Etat de droit », commente un observateur de la société civile.

Mais ces réformes ne plaisent pas à tout le monde. Elles créent une certaine frustration, notamment au sein du Régiment de sécurité présidentielle (RSP), la garde prétorienne du président déchu Blaise Compaoré, garde qui a fait un coup d'Etat le 16 septembre. Les autorités de transition ont inculpé plusieurs suspects. Mais Abdoul Karim Saïdou, qui dirige le Centre pour la gouvernance démocratique, dénonce le flou autour de ces différentes interpellations. Ce chercheur estime que les nouvelles autorités devront organiser un procès équitable.

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Autre volet judicaire important : l'ouverture du dossier Thomas Sankara, ancien président burkinabè et héros national, dont la mort en 1987 est restée entourée d'interrogations. Ces dernières semaines, plusieurs suspects, dont le général Gilbert Diendéré, ex-bras droit de l’ancien président, ont été inculpés « d'assassinat » et « d'attentat ». « Si ce dossier connaît des enlisements, cela sera mis sur le compte du nouveau gouvernement », avertit le professeur Luc Ibriga, porte-parole du Front de résistance citoyenne (FRC).

Du côté de la société civile, on salue les réformes engagées sous la transition, notamment dans le domaine judiciaire. Pour Maître Guy Hervé Kam, le porte-parole du mouvement Balai Citoyen, il y a eu « de grandes avancées » dans la lutte contre l’impunité durant cette période au Burkina.

En revanche, pour ce qui concerne « le panier de la ménagère », le pouvoir d’achat, la Transition n’a pas eu les moyens, estime toujours Guy Hervé Kam, d’améliorer vraiment le quotidien. « Le CNT ne pouvait pas faire ça en un an. »

Comme lui, plusieurs observateurs notent que les autorités de transition n'ont pas été en mesure de répondre aux nombreuses attentes sociales des Burkinabè.

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