Burundi: une reprise du dialogue le 6 janvier est-elle possible?

Le ministre burundais des Affaires extérieures Alain Aimé Nyamitwe a pour l'heure rejeté le 6 janvier comme date de reprise des discussions. Photo prise le 29 décembre à Entebbe, en Ouganda.
© RFI / Gaël Grilhot

Une centaine de membres du gouvernement, de l'opposition et de la société civile du Burundi étaient présentes lundi à Entebbe pour tenter de relancer le dialogue sous médiation ougandaise, interrompu en juillet dernier. Les délégations se sont retrouvées dans la même salle dans une ambiance glaciale, sous l'égide de Yoweri Museveni, et ont brièvement exposé leur position. A l'issue de la cérémonie, la médiation ougandaise a annoncé que le dialogue reprendrait le 6 janvier à Arusha en Tanzanie. Une date que le gouvernement dit pour le moment rejeter.

« Le 6 janvier, nous ne serons pas en Ouganda ou ailleurs, affirmait lundi, à l'issue de cette journée de relance de la médiation, Aimé Alain Nyamitwe, le ministre burundais des Relations extérieures. Il ne s'agit en aucun cas de récuser la médiation et nous ne fermons pas la porte au dialogue, mais nous rejetons cette date décrétée sans nous consulter », explique-t-il. Selon lui, le gouvernement a fait montre d'ouverture en allant à Entebbe lundi, mais des consultations doivent maintenant être engagées pour que le dialogue suive « un cours normal ».

« Il n'y a pas de négociations sans un minimum de conditions », estime-t-il. Aimé Alain Nyamitwe rappelle notamment que discuter avec le Cnared, l'opposition anti-troisième mandat accusée par le pouvoir d'être impliquée dans la tentative de putsch de mai, reste une ligne rouge pour le gouvernement. Lundi, le président Yoweri Museveni avait pourtant pressé les parties à aller au dialogue sans condition.

L'opposition d'accord

De son côté, le Cnared (Conseil national pour le respect de l'accord d'Arusha et de l'état de droit au Burundi) considère que la date du 6 janvier correspond à l'urgence de la situation délétère du pays. « Le gouvernement cherche un délai supplémentaire parce qu'il craint que l'issue des négociations ne lui soit pas favorable et d'être poursuivi pour ses crimes s'il quitte le pouvoir », estime Pancrace Cimpaye.

Le porte-parole du Cnared veut toutefois croire que la reprise du dialogue le 6 janvier reste possible : il compte sur les pressions de la communauté internationale. « Vus les risques que comporte cette crise, elle ne peut pas rester attentiste », souligne-il.

L'UA optimiste

Quant au représentant spécial de l’Union africaine pour la région des Grands Lacs, il n’hésite pas à citer les Fables de La Fontaine. Faisant référence au laboureur et ses enfants, Ibrahima Fall assure que le grain est en train de germer et il tire un bilan positif de la journée de lundi. « Sur le plan de la participation, puisque toutes les parties ont été représentées et à un niveau politique important, je pense que la réunion peut être considérée comme un succès », estime-t-il.

Le coup de frein du gouvernement burundais sur la date du 6 janvier n’inquiète pas le diplomate. « La petite expérience que j’ai me permet de penser qu’il s’agit là de positions de départ, explique Ibrahima Fall. Et d’ailleurs quand on se retrouvera le 6 janvier ou à une autre date, chaque partie va venir en fixant la barre très haut sur les conditions. Mais c’est ça la dynamique d’une négociation, d’un dialogue. »

Dans le cas du Burundi, les exigences de chaque partie sont telles que trouver un terrain d’entente risque de prendre encore du temps.