Cameroun: critiquées sur une opération armée, les autorités répondent

Des soldats camerounais patrouillent à bord de véhicules militaires dans la commune de Fotokol, à la frontière du Nigeria, le 3 février 2015.
© AFP PHOTO / STEPHANE YAS

Amnesty International demande des explications aux autorités camerounaises sur une opération de ratissage de l'armée dans deux villages dans le nord du Cameroun. Dans cette opération conjointe de l'armée, de la police et de la gendarmerie pour déloger des combattants du groupe Etat islamique (ex-Boko Haram), 200 personnes ont été arrêtées mais 130 d'entre elles sont toujours portées disparues. 25 autres sont mortes en détention dans la prison de Maroua, la capitale provinciale.

Dans un rapport publié en septembre dernier, l'ONG répertorie de nombreuses violations des droits de l'homme lors de l'opération.

« Nous savons qu’une enquête interne et administrative a déjà été ouverte en mars 2015, en ce qui concerne les persones mortes en détention. Mais, à ce jour, rien n’a été fait pour essayer de donner des informations aux familles, des gens qui sont, encore aujourd’hui, portés disparus depuis un an. Nous demandons une enquête impartiale par une institution indépendante qui puisse essayer de faire la lumière sur ce qui s’est passé parce que pendant la même opération de bouclage et ratissage, huit personnes dont un enfant ont été tués, et environ 80 maisons ont été brûlées. Des biens ont été emportées par les forces de sécurité. », estime Ilaria Allegrozzi, chercheuse sur l'Afrique centrale à Amnesty International.

De son côté, le Cameroun qui a en effet ouvert une enquête interne se défend de couvrir les agissements présumés de ses forces de sécurité.

« C’est injuste de faire passer la victime pour le bourreau. C’est Boko Haram qui égorge et décapite nos populations, comme de temps en temps aussi quelques-uns de nos militaires. Qu’il y ait eu des bavures, nous le reconnaissons. Et d’ailleurs, nous avons un colonel qui était responsable de la gendarmerie à cette époque-là. Il sera traduit devant la cour martiale parce que c’est sous son administration qu'il y a eu négligence, et après avoir placé des gens dans un magasin désaffecté, le lendemain quand on ouvre le magasin, on constate qu’il y en avait 20 ou 25 qui étaient morts. Ça relève de sa compétence, c’est le plus haut gradé. Mais tous ceux qui, de manière ou d’une autre, seraient pris en flagrant délit du non-respect des droits de l’homme en répondront devant des tribunaux militaires. », explique Issa Tchiroma, le porte-parole du gouvernement.