Burundi: le pouvoir met en garde l’UA contre un déploiement militaire

Le président burundais, PierreNkurunziza, le 20 août 2015.
© AFP PHOTO / LANDRY NSHIMIYE

Le président burundais lance une charge violente contre tout déploiement d’une force africaine au Burundi. Pierre Nkurunziza a profité d’une tribune exceptionnelle, une émission en direct sur toutes les radios burundaises au cours de laquelle il répond aux questions des journalistes puis de la population, pour annoncer qu’il s’opposerait par la force à tout déploiement de la Mparobu, la Mission africaine de prévention et de protection au Burundi, annoncée par l’Union africaine à la mi-décembre. Bujumbura avait déjà rejeté la demande, en avertissant que si son déploiement avait lieu sans son aval, elle serait considérée comme une «force d'invasion et d'occupation».

Le président burundais a décidé d’enfoncer le clou et le « non » du gouvernement semble cette fois définitif. Et c’est le président burundais en personne qui s’est chargé de faire passer le message. Des menaces proférés en kirundi, la langue nationale du pays, et sur un ton très dur, plutôt inhabituel.

La résolution prise (par l'ONU) ne confirme pas le déploiement de troupes au Burundi et on ne peut pas déployer des troupes au Burundi dans un pays sans le consentement du Conseil de sécurité. Cette résolution dit que la communauté internationale doit respecter l'indépendance du Burundi et ses frontières. Tout le monde doit donc respecter les frontières du Burundi. S'ils viennent en violation de cette résolution, ils auront attaqué le Burundi et chaque Burundais va se lever pour le combattre. Le pays sera alors attaqué et nous allons les combattre.
Pierre Nkurunziza
30-12-2015 - Par RFI

Pour justifier sa virulente mise en garde contre tout déploiement de la Maprobu, une mission de paix de l’Union africaine qui serait forte de 5.000 hommes, le président Nkurunziza explique qu’elle n’a pas reçu l’aval du Conseil de sécurité de l’Onu.

Ce déploiement pourrait également se justifier, dit-il, s’il y avait deux forces belligérantes qui s’accordent sur une force d’interposition dans ce pays. Un argument que le président burundais balaie du revers de la main. « Ce n’est pas le cas ici, puisque nous n’avons pas de belligérants au Burundi, car nous faisons face à une simple question de sécurité, poursuit Pierre Nkurunziza. Ce n’est pas un problème politique car cela a été réglé avec les élections et ce n’est pas une question ethnique car les ethnies ne se battent pas ».

L'UA s'adresse aux acteurs de la crise

Mais le soutien international est là, souligne Adama Dieng, le conseiller spécial de l'ONU pour la prévention du génocide. « La décision du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine est une décision que nous saluons et j’ai, devant le Conseil des droits de l’homme, d’ailleurs invité la communauté internationale à soutenir l’Union africaine », indique-t-il. Et l'Union africaine, rappelle Adama Dieng, n'a pas besoin de l'accord du gouvernement burundais pour intervenir.

De son côté, l'Union africaine s'adresse aux acteurs de la crise au Burundi. La présidente de la commission de l'UA, dans un communiqué publié ce matin, menace de sanctions « tous ceux dont l'action pourrait compromettre le dialogue » et aussi « le refus de répondre à l'invitation du médiateur ».

Après la reprise officielle de la médiation ougandaise lundi, un nouveau rendez-vous a été fixé au 6 janvier, à Arusha, en Tanzanie. Mais les autorités de Bujumbura ont immédiatement souligné qu'il n'y avait pas consensus sur cette date.