Burundi: des témoins évoquent l'existence de fosses communes

Une fosse commune présumée située en lisière de forêt non loin du cimetière de Mpanda où des témoins disent avoir vu quinze corps de militaires et de civils enterrés par des policiers, le 11 décembre.
© RFI

Au Burundi, des habitants de Bujumbura s'inquiètent de l’existence de présumées fosses communes, suite aux événements du 11 décembre. Des camps militaires avaient été attaqués et une répression sanglante s’en était suivie. Le porte-parole de l’armée avait parlé de « 79 ennemis tués ». Des organisations locales et internationales de défense des droits de l’homme avaient évoqué un bilan plus lourd, notamment la Fidh qui avait, en guise de bilan provisoire, fait état de 154 morts et d’environ 150 jeunes portés disparus. Des familles de la capitale se plaignent toujours de ne pas retrouver leurs proches.

Pour les autorités, notamment locales, il n'y a pas de mystères. Des corps non identifiés provenant de Nyakabiga, Ngagara et Musaga ont été enterrés le 12 décembre vers 11h dans les cimetières de Kanyosha et Mpanda. Tous des assaillants ou leurs complices inhumés dans la foulée des attaques de casernes du 11 décembre, affirme le gouvernement. 58 personnes au total.

Mais pour cet homme qui travaillait à proximité du cimetière de Mpanda quand des corps ont été enterrés, les choses ne sont pas si simples. « Les gens n’en parlent pas parce que les policiers qui étaient là ce jour-là ont intimidé ceux qui se trouvaient là, raconte-t-il. Un des agents qui accompagnait les services municipaux nous a dit que c’était un secret entre nous et la commune. »

Ce témoin dit avoir vu 25 corps répartis dans cinq fosses situées à deux pas du carré VIP du cimetière. Ce chiffre correspond à peu près à celui donné par les autorités qui démentent le caractère secret. On n’aurait pas fait ça en plein jour et devant témoin, explique un officiel.

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Autre témoin, autre site : trois tombes, cette fois plus éloignées du cimetière officiel, en lisière de forêt. Des herbes commencent à peine à repousser. Ce témoin raconte ce qu'il a vu le 11 décembre et sa conviction qu'il s'agit bien de fosses communes.

Le 11 décembre, à 17h30 j'ai vu un camion de policiers qui est venu avec des cadavres et puis quand ils sont arrivés là-bas, ils ont creusé cinq tombes. Pour une seule tombe, on a mis trois cadavres.
Témoin
30-12-2015 - Par Sonia Rolley

La police dément

Le porte-parole de la police dément que des policiers aient pu enterrer des corps. C’était le travail de l’administration, affirme-t-il. « Qu’ils vous disent où il y a des fosses communes et on va y aller ensemble pour vérifier. Est-ce qu’il peut y avoir des fosses communes qui ne sont pas connues par les forces de l’ordre ? Ce n’est pas possible », assure-t-il.

« L’enterrement de cadavres, cela relève de l’administration, pas de la police, rappelle encore le porte-parole. Et je pense que le porte-parole du ministère de l’Intérieur s’est exprimé. Il a dit comment avaient été enterrées les personnes qui avaient été tuées lors de l’attaque du 11 décembre. »

RFI : « Il n’est pas possible qu’elles aient été enterrées par la police ?

« La police n’enterre pas les gens, insiste-t-il. L’enterrement c’est une tâche de l’administration et le porte-parole du ministère de l’Intérieur s’est exprimé là-dessus. »

Enquêtes

D’autres officiels mettent en garde contre le risque de manipulation. Le ministre burundais des Droits de l’homme avait notamment mis en garde ce weekend contre la diffusion de fausses photos sur les réseaux sociaux où l’on voyait des corps être déchargés dans des trous. Des photos plus anciennes, affirmait-il. Mais si ces quinze corps existaient bel et bien dans le deuxième site visité par RFI, ils n’entreraient pas dans la comptabilité officielle.

Du côté des Nations unies, comme de l’Union africaine, on dit enquêter sur ces allégations, mais des sources au sein des deux organisations disent ne pas avoir encore pu accéder aux sites dont parle la population, soit par absence d’autorisation, soit parce que ces sites seraient surveillés.

La société civile locale enquête également sur ces allégations. Elle a pu visiter plusieurs sites présumés et identifié des témoins.

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