RDC: les mouvements citoyens face aux services de renseignement

Un membre du mouvement citoyen Lucha distribue des tracts à Goma en avril 2015.
© AFP PHOTO / FEDERICO SCOPPA

En RDC, on savait une partie de l'opposition dans le collimateur de l'Agence nationale du renseignement (ANR) avec de nombreuses arrestations ces derniers mois. Aujourd'hui, les mouvements citoyens Lucha et Filimbi vont plus loin. Ils accusent les services de renseignements de s'être intéressés de près à la conférence dite « de Gorée », organisée à Dakar au Sénégal du 11 au 14 décembre 2015, en présence d'autres mouvements africains analogues comme « Y en a marre » du Sénégal ou le « Balai citoyen » du Burkina Faso. Lucha et Filimbi disent s'être procurés une note interne de l'ANR. Cette note qualifierait la conférence de Gorée de « consolidation d'une coalition de déstabilisation de la RDC à partir de Dakar ». Mais sa véracité est contestée par le gouvernement.

C'est une note de cinq pages censément adressée par l'administrateur de l'ANR au président du Sénat. Sa tonalité est très politique : après une énumération des participants à la conférence de Gorée, cette dernière est décrite comme « une messe noire » ayant des buts inavoués, à savoir, « réfléchir sur les meilleurs moyens pour un soulèvement populaire en RDC, la constitution d'un front anti-dialogue et l'obtention des moyens financiers au fin d'actions de déstabilisation... »

Et le document de décliner les moyens d'y répondre, qui vont des mesures diplomatiques à prendre à l'encontre du sénégal, pays hôte de la réunion, à la campagne médiatique à mettre en oeuvre en RDC pour discréditer l'opposition et jusqu'à l'arrestation des participants congolais à leur retour au pays.

Les représentants des mouvements Lucha et Filimbi assurent que ce document émane vraiment des services de renseignement. Mais, du côté des autorités congolaises, on en réfute l'authenticité. Selon le porte-parole du gouvernement, cette note ne ressemble pas aux documents produits habituellement par l'ANR.