Burundi: pour Nkurunziza l'année se termine «dans la paix»

Le président du Burundi, Pierre Nkurunziza, à Bujumbura, le 17 mai 2015.
© AFP PHOTO / CARL DE SOUZA

Le président Nkurunziza a présenté ses vœux à la nation à travers les ondes de la radio et télévision nationale. Un discours beaucoup moins offensif que le 30 décembre: pas de référence à la Maprobu, la mission de protection que l’Union africaine aimerait déployer dans le pays, ni même au dialogue de Kampala qui devrait se poursuivre en janvier à Arusha en Tanzanie. Malgré la contestation liée à son troisième mandat et les sanctions de la communauté internationale, pour le chef de l’Etat burundais, les élections qui se sont tenues en cette année 2015 se sont bien déroulées, du début à la fin, dans la transparence et la sécurité totale, a-t-il affirmé. Pour Pierre Nkurunziza, cette année 2016 commence même dans la joie.

« On clôture l’année 2015 et commence l’année 2016 dans la joie, parce que cette année se termine dans la paix, la sécurité et beaucoup d’allégresse », a assuré le chef de l’Etat burundais. Pas d’allusion au troisième mandat, à peine une référence à la contestation qualifiée d’insurrection. En revanche, Pierre Nkurunziza a évoqué des assassinats et actes de terrorisme commis au Burundi, ainsi que la tentative de coup d’Etat.

Il a également dressé un bilan des opérations des forces de sécurité en avançant le chiffre de plus de 6 000 criminels déjà arrêtés et 120 groupes « de tueurs démantelés ». Pour le président Nkurunziza, la paix et la sécurité règnent dans tout le pays sauf « quelques irréductibles ». Mais il a appelé l’administration et la population à la vigilance.

Il a également fait référence aux opérations de maintien auxquelles participe le Burundi, mais sans évoquer la Maprobu. Pour ce qui est du dialogue, Pierre Nkurunziza s'est contenté d’évoquer le dialogue interne qui doit se conclure en 2016 pour « ôter tout prétexte aux ennemis de la paix ». Aucune référence au dialogue de Kampala, ni même à ce qui devrait suivre à Arusha.

Liberté de la presse

Alors que quatre antennes parmi les radios plus populaires du pays sont toujours interdites d’émettre, que des dizaines de journalistes ont fui le pays, le président Nkurunziza a dit soutenir la liberté de la presse et il a demandé à la justice d’accélérer les enquêtes en cours pour que ces médias, accusés d’avoir soutenu la tentative de putsch, soient « ou bien blanchis ou bien sanctionnés s’ils ont commis des fautes ». Déjà le 30 décembre, le chef de l’Etat burundais avait dit lors d’un entretien avec des journalistes locaux que des radios pourraient reprendre rapidement leur travail.

Autre mesure annoncée : la grâce présidentielle pour tous les prisonniers déjà condamnés. Il a cité un certain nombre d’exclusions et notamment pour ceux condamnés pour atteinte à la sécurité intérieure. Il a appelé également les réfugiés à rentrer au pays, assurant une fois de plus qu’il n’y aurait pas de génocide au Burundi.


Réactions de l'opposition

Suite au discours du président Pierre Nkurunziza, l'opposition burundaise n'a pas tardé à réagir. Les propos du chef de l'Etat sur les médias sont loin d'être rassurants pour Innocent Muhozi, journaliste et directeur de la radio-télévision Renaissance, un média privé qui a été attaqué et détruit durant le coup d'Etat manqué, comme trois autres radios indépendantes.

« Ce n’est absolument pas une déclaration positive, puisque nous savons très bien que aussi longtemps qu’ils sont en train de tuer, de torturer, de mettre des gens dans des fosses communes, comment voulez-vous qu’ils puissent souhaiter qu’il y ait des médias indépendants ? Ce n’est pas possible, estime Innocent Muhozi. Ce sont des mots en l’air. Il y a des médias qui fonctionnent au Burundi bien évidemment mais qui ne parlent pas de ces choses-là. »

La demande du président d'accélérer les enquêtes sur ces médias inquiète particulièrement le journaliste. « Le système judiciaire est là juste pour cautionner les actes des gangs criminels, analyse-t-il. Quand le président dit cela, ça n’a vraiment pas beaucoup de sens. Cela n’a aucun sens même. Cela ne laisse présager rien de bon. Tout ce qu’ils font c’est juste demander des extraditions de ceux qui ont fui cet enfer-là. »

Jérémy Minani, le président de la commission information et commission du Cnared, plate-forme de l'opposition, voit dans ces déclarations « un discours d’insultes, de mépris, un discours qui montre un homme qui n’a pas changé. Un homme qui est insensible aux souffrances de tout un peuple. » Il considère ni plus ni moins que c'est « une honte pour le monde et pour l’Afrique, qui continue à observer l’arrogance de cet homme qui dicte toujours sa loi criminelle à tout le monde ».