Nigeria: Boko Haram, la menace subsiste

L'Etat de Borno compte plus d'un million de déplacés à cause des exactions de Boko Haram. Ici, le 3 août 2015 dans un camp de réfugiés à Maiduguri, capitale de l'Etat de Borno.
© AFP PHOTO/STRINGER

Le Bassin du Lac Tchad reste plus que jamais le maillon faible dans la lutte contre le groupe terroriste Boko Haram qui a causé la mort de près 1 600 civils entre la prestation de serment du président Buhari fin mai et le 31 décembre 2015. Les pays du Bassin du Lac Tchad semblent toujours à la recherche d’une solution.

Les insurgés ont mené pas moins de douze opérations au Nigeria pour le seul mois de décembre, des opérations suicides, mais aussi des raids dans des villages, raids au cours desquels les combattants islamistes ont tiré sur les civils sans distinction avant de mettre leur feu aux habitations. Ces attaques ont été menées dans l’Etat de Borno, le fief historique de la secte, mais aussi dans les Etats de Yobé, de l’Admawa et de Kano plus à l’Ouest.

Les combattants islamistes continuent de sévir aussi au Tchad au Cameroun et au Niger. Ils ont donc conservé une réelle capacité opérationnelle sur un vaste périmètre.

La contre-offensive nigériane lancée deux mois avant le scrutin présidentiel de mars et prolongée sous l’égide du nouveau président Muhammadu Buhari a néanmoins permis à l’armée de regagner du terrain. Elle a mené de nombreux raids dans des camps des insurgés de la forêt de Sambisa et repris 17 districts administratifs sur les 22 que contrôlait Boko Haram en mars dernier.

Cela a conduit Buhari cette semaine à affirmer que le pays avait techniquement remporté la guerre contre Boko Haram. Une déclaration qui laisse un bon nombre de nigérians perplexes. Les kamikazes ont de plus en plus recours à des bombes à sous fragmentations qui gonflent sensiblement les pertes humaines lors des opérations suicides.

100 000 déplacés internes le long de la frontière

Les terroristes de Boko Haram sévissent au-delà des frontières, et particulièrement dans les pays riverains du Lac Tchad. Les bourgades camerounaises de la province de l’extrême nord sont souvent ciblées par des attentats kamikazes. Les raids des combattants islamistes sur les villages du sud-est du Niger ont semé la panique le long de la frontière. On dénombre désormais 100 000 déplacés internes le long de la bande frontalière. Le Tchad n’est pas épargné : un double attentat-suicide a fait 27 morts le mois dernier sur une île du Lac Tchad.

Les pays du Bassin du Lac Tchad semblent toujours à la recherche d’une solution pour enrayer la menace Boko Haram. Le renforcement de la coopération entre le Nigeria et le Cameroun a permis d’obtenir des résultats avec, par exemple, la neutralisation de 100 combattants islamistes, selon les chiffres officiels communiqués par Yaoundé, lors d’une opération menée à cheval sur la frontière le mois dernier.

Les contingents nigérians et camerounais ont aussi fait la jonction à la localité frontalière de Banki, reprise à Boko Haram en septembre. Mais les Camerounais ont été surpris de ne pas voir l’armée nigériane continuer sur sa lancée pour reprendre d’autres localités sur la route du lac.

Les Etats-Unis ont déployé 200 forces spéciales en octobre dans l'Extrême-Nord du Cameroun, mais il n’est pas sûr qu’elles comblent le retrait des forces tchadiennes de cette région. Celles-ci avaient été déterminantes lors de leur entrée en action en février dernier.

Aujourd’hui, le calendrier et les objectifs de la force mixte multinationale continuent d’être vaporeux. Les experts militaires sont dubitatifs quant à l’utilité de bataillons de plusieurs milliers d’hommes, alors que la menace, de plus en plus, prend la forme de jeunes femmes kamikazes en binômes qui se font exploser dans les marchés.

« Boko Haram n'a pas été vaincu »

Pour John Campbell, ancien ambassadeur des Etats-unis au Nigeria, chercheur au centre d’études Council on Foreign Relations à Washington :

« Buhari a remplacé tous les responsables sécuritaires. Ceux qui étaient en poste sous l’administration précédente avaient été nommés sur des critères politiques, ce n’a pas été le cas pour les nouveaux sont d’un calibre supérieur. Buhari a aussi déplacé le quartier général de la lutte contre Boko Haram d’Abuja à Maiduguri, c’est-à-dire au plus près du théâtre des opérations. Il a aussi encouragé l’adoption d’une série d’initiatives pour regonfler le moral des troupes.

Alors l’administration Buhari affirme que le pays a remporté la guerre contre Boko Haram, car elle assure avoir recouvré la quasi-totalité des territoires qui étaient contrôlés par Boko Haram, mais selon moi, là n’est pas le sujet, car Boko Haram continue d’être opérationnel sur de vastes territoires, et le groupe a fait montre d’une grande flexibilité et d’une grande capacité à adopter de nouvelles techniques, je pense notamment au recours de plus en plus fréquent aux femmes kamikazes. On se retrouve donc avec un nombre de pertes humaines qui est très élevé. Par conséquent, je dis que Boko Haram n’a pas été vaincu ».