L’Algérie enterre l’opposant historique Hocine Aït Ahmed

Les funérailles de l’opposant algérien Hocine Aït Ahmed ont eu lieu, le 1er janvier 2016, dans son village natal de Kabylie.
© AFP PHOTO / FAROUK BATICHE

Des portraits, des drapeaux, des banderoles, ce sont des milliers et des milliers de personnes qui sont rassemblées en ce premier jour de l’année dans le village natal d'Hocine Aït Ahmed en Kabylie. Des personnalités venues des quatre coins d'Algérie pour les obsèques de l'opposant historique, figure de l'indépendance, décédé en Suisse le 23 décembre dernier.

Ce devait être des funérailles populaires, c'était le souhait de Hocine Ait Ahmed. Les organisateurs, des bénévoles des comités de village et les sections locales du parti du FFS, ont réussi leur pari.

Une foule nombreuse est venue assister à ses funérailles. L’occasion de rendre hommage à une figure du pays : « Ils sont rares les gens de sa trempe, c’est Nelson Mandela, c’est Martin Luther King, il est énorme Aït Ahmed. Aït Ahmed a sacrifié toute sa jeunesse, toute sa vie pour la démocratie et pour la décolonisation en Algérie. On a perdu une lumière. C’est quelqu’un d'irremplaçable ».

Le cercueil est arrivé d’Alger en fin de matinée et les organisateurs ont eu beaucoup de mal à le faire avancer jusqu’à l’esplanade, car, dans ce petit village de moins de 200 habitants d’ordinaire, il y avait plusieurs dizaines de milliers de personnes réunies ce vendredi. Idir, jeune habitant d'un village voisin, a été marqué par cette foule. « Des obsèques normalement c'est triste mais là je trouvais ça extraordinaire. J'étais ému quand je commençais à voir la foule venir de loin et marcher des kilomètres des kilomètres pour dire les derniers adieux ».

Des chants religieux, une minute de silence et puis une prière ont eu lieu avant que le cercueil de l’ancien opposant soit transporté à deux kilomètres en contrebas de la montagne pour être enterré à côté de la tombe de sa mère.

Témoignages lors des obsèques d'Hocine Aït Ahmed
01-01-2016 - Par Leïla Beratto

Le Premier ministre hué

Sous le chapiteau des invités, il y avait l’ancien chef du gouvernement et candidat à l’élection présidentielle Ali Benflis, il y avait également des figures du FFS, le parti d’Hocine Aït Ahmed, ainsi que l’ancien responsable gouvernemental Mouloud Hamrouche.

Le gouvernement algérien actuel devait être représenté par le Premier ministre Abdelmalek Sellal, mais alors qu’il sortait de son véhicule au moment de la minute de silence, il a été hué, des projectiles ont été lancés et il a fini par être évacué par les forces de sécurité.

En début d'après-midi, la dépouille de Hocine ïit Ahmed a été enterrée dans le mausolée de son village. Le public lui est reparti à pied. 

Il a été un grand maître et il a tiré sa révérence, mais il a laissé un testament : « continuez ce que j’ai commencé à faire, luttez, n’ayez pas peur, continuez ! » Respecter ce testament c’est continuer le combat pour les libertés, pour une Algérie démocratique, un Algérie sociale.
Ali Benflis
02-01-2016 - Par Leïla Beratto