Mauritanie: des présumés esclavagistes inculpés et placés en détention

Une manifestation contre l'esclavage et la discrimination à Nouakchott, le 29 avril 2015.
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En Mauritanie, deux hommes ont été inculpés et écroués pour pratiques esclavagistes. D'abord libérés par un juge d'instruction, la Cour d'appel a annulé cette décision de libération et placés en détention les deux hommes.

C'est une première en Mauritanie depuis la création des trois tribunaux spécialisés dans les affaires d'esclavage. Bien qu'on ne connaisse pas encore la date du procès, c'est la première fois que l'appareil judiciaire va aussi loin dans la lutte contre l'esclavagisme.

Boubacar Messaoud, président de SOS Esclaves, s'en félicite : « C’est un message d’espoir de la part de l’administration. C’est un message d’espoir. Il révèle qu’il y a des magistrats qui sont honnêtes et qui suivent bien les choses. Mais nous restons vigilants, parce que nous savons que c’est un système. Nous considérons qu’il y a des magistrats qui parfois prennent des décisions qui indiquent qu’ils sont en collusion et nous disons, en général, les magistrats sont issus des classes dominantes qui ont des esclaves, qui ont pratiqué l’esclavage ou qui continuent à le pratiquer. Donc un magistrat qui condamne les esclavagistes est un magistrat très progressiste chez nous ».

C'est en effet un paradoxe en Mauritanie. D'une part, le pouvoir refuse de reconnaître l'existence de pratiques esclavagistes dans le pays. Le 27 novembre, le président de la République avait déclaré que l'esclavagisme n'existe plus, et avait accusé les ONG d'en faire « un fonds de commerce ». Mais en parallèle et sous la pression internationale, le Parlement multiplie depuis quelques mois les textes de loi. Le 27 novembre, il avait notamment fait de l'esclavagisme un crime contre l'humanité.