Nigeria: un an après le massacre, Baga est une «ville fantôme»

Des habitantes de Baga dans un camp de réfugiés des Nations unies, le 26 janvier 2015,
© SIA KAMBOU / AFP

Il y a un an, le 3 janvier 2015, les combattants de Boko Haram prenaient le contrôle de la ville de Baga et des localités voisines, tuant des centaines de personnes. Le massacre de Baga reste à ce jour l'opération la plus meurtrière de Boko Haram. Cette ville aux abords du lac Tchad était censée accueillir un contingent militaire des pays voisins. L'armée nigériane a repris la ville en mars, mais la sécurité n'a pas été rétablie. Le président Buhari a assuré la semaine dernière avoir techniquement vaincu les islamistes, mais ils sévissent encore dans les environs de Baga, et les habitants de la ville, réfugiés à Maiduguri, ne sont pas prêts à retourner chez eux.

Réfugiés à Maiduguri, des habitants de Baga, qui ont fui les violences il y a un an, racontent à RFI les raisons qui, aujourd’hui encore, les empêchent de revenir dans la région. Un homme raconte que Baga est désormais « une ville fantôme. »

« Elle avait été complètement incendiée, et tous les commerces avaient été pillés. Les combattants aussi avaient mis le feu au marché, qui autrefois attirait des commerçants de toute la région et même au-delà, se souvient-il. Et donc Baga n’est plus que ruine, avant c’était un carrefour d’échanges dynamique, aujourd’hui il n’y a que des cendres et des mauvaises herbes qui poussent de partout. »

Après la reprise de la ville par l’armée nigériane en mars, des habitants étaient revenus au mois de juin. Mais cela n’a guère suffi, se souvient-il. « Les gens s’étaient dit que la sécurité était revenue, donc des milliers étaient revenus et avaient repris leurs activités, à commencer par la pêche, mais à peine revenus, ils ont subi des attaques de Boko Haram, qui a égorgé des pêcheurs et des agriculteurs. Et donc ces habitants sont retournés à Maiduguri de peur d’être attaqués à leur tour par Boko Haram. »

Attaques autour du lac Tchad

Cet autre habitant de Baga est tout aussi inquiet. Et de récentes attaques ne font rien pour rassurer la population. « Boko Haram sévit à partir des îles sur le lac Tchad et peut, à n’importe quel moment, conduire des attaques sur les habitants des environs du lac, d’ailleurs mardi dernier les insurgés ont égorgé quatre pêcheurs du village de Dorombaga à quatre kilomètres de Baga. Et donc cela a dissuadé encore plus les habitants de Baga à regagner leur ville. »

Il regrette, lui aussi, une action militaire trop timorée. « L’armée avait repris la ville à Boko Haram, et elle a maintenu un déploiement important depuis, mais les troupes restent la plupart du temps confinées dans leurs casernes, à l’extérieur de la ville, les troupes patrouillent peu et elles ne cherchent pas à déloger les insurgés de leurs caches. Et on a vu Boko Haram conduire des attaques dans la périphérie de Baga. »

Selon lui, les efforts des autorités ne sont pas suffisants. « Le gouvernement dit qu’il a vaincu les combattants islamistes, mais ce n’est pas vrai, les combattants sévissent à partir des îles du lac, ils sont dans la brousse et contrôlent des villages reculés, et ils peuvent lancer des attaques à n’importe quel moment », déplore-t-il.