Seize élections présidentielles se tiendront sur le continent africain durant l'année 2016.
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L’année 2016 s’annonce chargée sur le plan électoral en Afrique. Sortie de crise possible en Centrafrique, troubles sur le calendrier en RDC, succession après les deux mandats constitutionnels du président sortant au Bénin et règne sans fin en Gambie, tour d’horizon des 16 présidentielles à venir.

Ouganda : Yoweri Museveni bien parti pour rester (18 février)

Au pouvoir depuis 1986, le président Yoweri Museveni ambitionne de rempiler pour un nouveau mandat de cinq ans. Face à lui, son éternel rival Kizza Besigye, leader du Forum pour le changement démocratique (FDC). Les deux hommes s’opposeront pour la quatrième fois consécutive après les scrutins de 2001, 2006 et 2011. Mais cette fois, un troisième prétendant pourrait venir se mêler au traditionnel bras de fer : l’ancien Premier ministre Amama Mbabazi, passé à l’opposition en 2014. Bien que tous deux soient sur la ligne de départ, Besigye et Mbabazi ont un temps envisagé d’unir leurs forces dans une candidature unique. Le seul moyen d’entretenir le mince espoir de barrer la route à un président sortant qui s’est toujours imposé dès le premier tour. Ils seront au total huit prétendants à la magistrature suprême.

Niger : Mahamadou Issoufou pas à l’abri de l’alternance ? (21 février)

Parmi la dizaine de candidats qui ont déposé leur dossier de candidature à la date limite du samedi 2 janvier, on retrouve les quatre personnalités qui dominent la vie politique du Niger depuis des années. Au premier rang desquels, le président sortant Mahamadou Issoufou, bien placé pour conserver son poste face à une opposition minée par les ennuis judiciaires. C’est le cas notamment de l’ancien président du Parlement Hama Amadou, écroué depuis le 14 novembre dernier pour son implication présumée dans une affaire de trafic de bébés. Difficile dans ces conditions de mener sa campagne. Mais l’alternance n’est pas impossible, dans la mesure où elle pourrait bénéficier au chef de file de l’opposition Seïni Oumarou, ainsi qu’à l’ex-chef de l’Etat Mahamane Ousmane. Il s’agira en tout cas d’un scrutin à haut risque après la tentative de coup d’Etat présumée de décembre dernier.

Bénin : la fin de l’ère Boni Yayi (28 février)

Changement de tête au Bénin. Elu une première fois en 2006 puis réélu en 2011, le président Thomas Boni Yayi ne peut pas prétendre à un troisième mandat, conformément à la Constitution béninoise. Son Premier ministre depuis juin dernier, Lionel Zinsou, apparaît comme le grand favori pour prendre sa succession. Nouveau venu en politique, ce banquier franco-béninois au profil atypique ne revendique aucune appartenance politique, mais sera bien le candidat du parti au pouvoir. Son plus sérieux adversaire semble être l’homme d’affaires Patrice Talon. C’est la bête noire de l’actuel chef de l’Etat qui l’avait accusé d’empoisonnement en 2012 et de tentative de coup d’Etat l’année suivante. D’autres concurrents tels qu’Abdoulaye Bio Tchané, Pascal Koupaki, Robert Gbian ou encore Léhady Soglo, ne sont pas non plus à classer dans la catégorie des figurants.

 

Le Béninois Thomas Boni Yayi cèdera sa place en février prochain. © © AFP PHOTO / POOL / MUJAHID SAFODIEN

Pléthore de candidats aux Comores (21 février)

Ils seront 25 postulants à prendre part au prochain scrutin présidentiel. En vertu d’un système de présidence tournante entre les îles de l’archipel (Anjouan, Grande-Comore, Mohéli), le président en poste Ikililou Dhoinine ne peut pas se représenter et son successeur sera forcément originaire de la Grande-Comore. Les trois candidats arrivés en tête à l’issue du premier tour participeront au second qui se tiendra le 18 avril. Contrairement à ce qui avait été annoncé par le ministère de l’Intérieur il y a six mois, les Comoriens résidant à l’étranger ne pourront pas voter, « pour des raisons techniques », a justifié le président de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) Ahmed Mohamed Djaza.

Congo-Brazzaville : Denis Sassou-Nguesso s’est préparé le terrain (20 mars)

D’abord prévue en juillet 2016, la présidentielle a été avancée par le président Denis Sassou-Nguesso au premier trimestre de l’année. En faisant récemment adopter aux forceps une nouvelle Constitution, l’actuel dirigeant, qui a déjà passé plus de trente ans à la tête du pays, a fait sauter tous les verrous (limite d’âge des candidats et du nombre de mandats) l’empêchant de briguer un troisième mandat. Et même s’il n’a pas encore officiellement annoncé sa candidature, son intention de se maintenir au pouvoir est claire aux yeux d’une opposition impuissante, malgré la forte mobilisation contre le projet de réforme constitutionnelle.

Tchad : la biométrie au secours de l’alternance ? (Fin du premier trimestre)

L’alternance à la tête du Tchad n’est pas qu’une chimère. L’opposition, notamment incarnée par Saleh Kebzabo, président de l’Union nationale pour la démocratie et le renouveau (UNDR) et Ngarléjy Yorongar, le patron de la Fédération action pour la République (FAR), a placé ses espoirs dans la biométrie, un système censé permettre de lutter contre la fraude électorale. Elle parie également sur l’usure d’Idriss Déby Itno, en place depuis 1990. Un pari loin d’être gagné face à un dirigeant habitué à être réélu dès le premier tour.
 

Le président tchadien Idriss Déby devant le palais de l'Elysée à Paris, le 5 octobre 2015. © AFP PHOTO / STEPHANE DE SAKUTIN

Djibouti : l’opposition menace de boycotter le scrutin (avril)

Modifiée en 2010, la Constitution permet au président de Djibouti, Ismaïl Omar Guelleh, de se présenter pour un quatrième mandat en avril prochain. Aux manettes depuis 1999, sa reconduction paraît acquise d’avance. D’autant que l’Union pour le salut national (USN), la coalition de sept partis d’opposition, désabusée par l’absence de dialogue avec le pouvoir, menace de boycotter l’élection. La perspective d’un scrutin serein est encore plus illusoire après les violences de décembre dernier qui ont conduit à l’arrestation de plusieurs membres de l’opposition.

São Tomé et Principe : le Premier ministre Patrice Trovoada n'est pas candidat (juillet)

Dans une grande interview bilan de son action de 12 mois à la tête du gouvernement, accordée le 29 décembre à la radio et télévision publique du pays, Patrice Trovoada met fin aux spéculations : il ne sera pas candidat à la présidentielle de 2016. Il ne souhaite pas renoncer à ses responsabilités de chef de gouvernement, a-t-il déclaré. « Je ne renoncerai à mes responsabilités que si je trouve quelqu’un, au sein de l’ADI, capable de prendre la relève », confiait-il déjà en février dernier à Jeune Afrique. Le leader de l’Action démocratique indépendante (ADI) avait été chassé du pouvoir en 2012 avant de faire un retour en force lors des législatives de 2014. L’actuel chef de l’Etat Manuel Pinto da Costa (79 ans), premier président après l'indépendance pendant quinze ans de régime de parti unique (1975-1991), est revenu au pouvoir vingt ans après par la voie des urnes en septembre 2011. Il aura la possibilité de se présenter à sa propre succession. 

Gabon : Ali Bongo remet de l’ordre dans sa majorité (août)

En remaniant son gouvernement en septembre dernier, Ali Bongo s’était constitué une équipe censée lui assurer sa réélection. Mais quelques désertions sont venues gripper la machine à gagner. Notamment celle de Jean de Dieu Moukagni-Iwangou, figure de l’opposition, qui, aussitôt recruté, a fait défection. Le fils d’Omar Bongo devra donc remettre de l’ordre dans sa turbulente majorité s’il veut tuer dans l’œuf les velléités d’alternance d’une opposition menée par l’ancien président de la Commission de l’Union africaine, Jean Ping, et dopée par la crise pétrolière.

Ali Bongo. © PHOTO/POOL/BART MAAT

Cap-Vert : la fin de la cohabitation ? (date non déterminée)

Le président Jorge Carlos Fonseca attendra sans doute les résultats des législatives pour se prononcer sur son intention ou non de briguer un second mandat. Lors de ce premier scrutin, le Parti africain pour l’indépendance du Cap-Vert (PAICV) tentera de conserver la majorité face à la formation du président, le Mouvement pour la démocratie (MPD). Le PAICV tentera ensuite lors de la présidentielle de porter l’actuel Premier ministre José Maria Neves aux responsabilités et ainsi mettre fin à la cohabitation.

Zambie : retour aux urnes 20 mois après la dernière présidentielle (11 août)

Il y a bientôt un an, les Zambiens élisaient Edgar Lungu pour achever le mandat de Michael Sata décédé en cours de magistrature. En septembre prochain, les électeurs seront rappelés aux urnes pour désigner leur président ainsi que leurs députés.

Guinée équatoriale : Teodoro Obiang pas près de bouger

Ni l’affaire des présumés « biens mal acquis » qui vise notamment son fils, ni les accusations d’assassinats politiques et surtout pas la faible opposition ne semblent en mesure d’empêcher Teodoro Obiang Nguema de conserver les rênes du pouvoir. Un règne sans partage qui dure depuis trente-six ans, un record pour les chefs d’Etat africains en exercice.

Gambie : une parodie d’élection orchestrée par Yahya Jammeh (1er décembre)

Le 14 janvier prochain devrait démarrer la mise à jour des listes électorales en vue du scrutin présidentiel de la fin d’année. Une précaution qui paraît superflue, alors qu’il ne fait aucun doute que le fantasque et autocrate président gambien Yahya Jammeh sera reconduit à l’issue de la consultation. A pas encore 50 ans, le dictateur - au pouvoir depuis plus de vingt ans - entamera son cinquième mandat.

RDC : Joseph Kabila joue-t-il la montre ? (date incertaine)

L’incertitude règne en République démocratique du Congo alors qu’une dizaine de scrutins, dont la présidentielle, doivent avoir lieu en 2016. Le président Joseph Kabila doit théoriquement céder son poste en décembre prochain et n’a pas le droit de soumettre à nouveau sa candidature après ses deux mandats. Le chef de l’Etat a annoncé la tenue d’un « dialogue national » afin de garantir des « élections apaisées ». Il plaide également pour l’organisation d’un recensement général qui prendrait entre deux et quatre ans. Ses adversaires y voient un « piège », une manœuvre visant à prolonger son règne en retardant les élections.
 

Le chef de l'Etat congolais Joseph Kabila ne semble pas prêt à lâcher le pouvoir. © AFP PHOTO / CARL DE SOUZA

Ghana : un remake de 2012 ? (date non déterminée)

Sans surprise, le président ghanéen John Dramani Mahama a été désigné en novembre dernier par son parti, le Congrès démocratique national (NDC), pour être candidat à sa succession. En 2012, il l’avait emporté de justesse sur Nana Akufo Addo, patron du Nouveau parti patriotique (NPP), la principale formation d’opposition. C’est un duel similaire qui s’annonce en 2016. Le candidat sortant aura fort à faire pour défendre un bilan plombé par le ralentissement de la croissance économique du pays et l'accroissement de la dette.

Carte intéractive: