Tunisie: vaste remaniement sur fond de scission de Nidaa Tounes

Mohsen Marzouk, le secrétaire général de Nidaa Tounes, a annoncé ce mercredi 6 janvier 2016 qu'il allait rompre avec son parti et en créer un autre.
© REUTERS/Amine Ben Aziza

A une semaine du cinquième anniversaire de la chute de Ben Ali, la Tunisie entre en zone de turbulence. Le Premier ministre Habib Essid a opéré mercredi un grand remaniement du gouvernement. Peu avant, la première étape de la scission du parti présidentiel Nidaa Tounes avait été officialisée par l'un de ses cofondateurs Mohsen Marzouk.

C'est un chapitre de la vie politique tunisienne qui se ferme. Le parti Nidaa Tounes a été créé pour porter Beji Caïd Essebsi au pouvoir. Depuis, les divergences n'ont cessé de s'intensifier.

L'un des camps emmenés par le secrétaire général Mohsen Marzouk exprimait sa gêne devant la coalition de Nidaa Tounes avec les islamistes du parti d'Ennahda. A l'opposé, le courant représenté par Hafedh Caïd Essebsi, le fils du président, a toujours défendu cette alliance. Ce dernier cherche depuis plusieurs semaines à prendre le parti en main.

Nouveau parti

Mercredi, Mohsen Marzouk a mis un point d’arrêt à cette cohabitation : « Là, maintenant, ils nous mettent devant une situation, devant un choix difficile : celui de s'organiser avec d'autres personnes, d'une manière autonome. Ce n'est pas nous qui démissionnons de Nidaa Tounes, c'est eux qui ont démissionné de Nidaa Tounes », a-t-il déclaré.

En guise de programme pour ce nouveau parti qui devrait voir le jour le 2 mars, Mohsen Marzouk évoque la figure du héros de l'indépendance, Habib Bourguiba : « Nous, nous appelons à un neo-bourguibisme et le néo en fait c'est l'ajout démocratique, c'est l'ajout de la liberté », a-t-il affirmé.

Dimanche doit avoir lieu le premier meeting de ce nouveau mouvement à Tunis. Le même jour, Nidaa Tounes sera réuni en congrès. L'occasion de compter les forces en présence des deux côtés.

Le gouvernement remanié

Et la crise au sein du parti présidentiel Nidaa Tounes ébranle aussi le gouvernement. C'est dans ce contexte que le Premier ministre tunisien Habib Essid a annoncé mercredi un vaste remaniement.

Une dizaine de portefeuilles sont concernés dont celui, stratégique, des Affaires étrangères. Khemaies Jhinaoui, un ancien conseiller du président, succède à Taïeb Baccouche, figure de Nidaa Tounes, opposé à l'alliance avec le parti islamiste Ennahda au sein de l'exécutif.

Autre ministère clé qui change de main, celui de l'Intérieur. Najem Gharsalli, très critiqué pour son inefficacité à lutter contre le terrorisme qui frappe le pays, cède la place à Hédi Majdoub, jusque-là secrétaire d'Etat chargé des collectivités locales. Ce remaniement était attendu depuis plusieurs semaines. Il s'agit du premier depuis que le président Beji Caïd Essebsi a été investi le 31 décembre 2014.


■ Le nouveau gouvernement en détail

Ministre de la Justice : Omar Mansour
Ministre de l'Intérieur : Hédi Majdoub
Ministre des Affaires étrangères : Khemaies Jhinaoui
Ministre des Affaires religieuses : Mohamed Khalil
Ministre des Affaires locales : Youssef Chahed
Ministre des Affaires sociales : Mahmoud Ben Romdhane
Ministre de la Culture : Sonia Mbarek
Ministre de l'Energie et des Mines : Mongi Marzouk
Ministre du Commerce : Mohsen Hassan
Ministre du Transport : Anis Ghedira
Ministre de la Fonction publique, de la Gouvernance et de la Lutte contre la corruption : Kamel Ayadi
Ministre chargé des Relations avec l'Assemblée des représentants du peuple (ARP) et porte-parole du gouvernement : Khaled Chaouket
Ministre des Relations avec les instances constitutionnelles, la société civile et les droits de l'homme : Kamel Jendoubi

Portefeuilles inchangés :

Ministre de la Défense nationale : Farhat Horchani
Ministre des Finances : Slim Chaker
Ministre de l'Agriculture: Saâd Seddik
Ministre du Tourisme et de l'Artisanat : Salma Rekik Elloumi
Ministre de l'Environnement et du Développement durable : Nejib Derouiche
Ministre des Technologies, de la Communication et de l'Economie numérique : Noomane Fehri
Ministre de l'Education nationale : Néji Jalloul
Ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique : Chiheb Bouden
Ministre de la Formation professionnelle et de l'Emploi : Zied Laadhari
Ministre de la Santé publique : Saïd Aïdi
Ministre de la Femme, de la Famille et de l'Enfance : Samira Meraï
Ministre de la Jeunesse et des Sports : Maher Ben Dhia
Ministre des Domaines de l'Etat et des Affaires foncières : Hatem Euchi

Source : AFP