Mali: enlèvement d'une ressortissante suisse à Tombouctou

Béatrice Stockly à son arrivée à l'aéroport de Ougadougou au Burkina Faso, le 24 avril 2012.
© AFP PHOTO/ AHMED OUOBA

A Tombouctou, dans le nord-ouest du Mali, une ressortissante suisse a été enlevée dans la nuit de jeudi à vendredi par des hommes armés. Connue sous le nom de « Béatrice », elle vivait depuis quelques années dans cette ville, où elle avait déjà été enlevée en avril 2012 par des islamistes armés. A l'époque, grâce à une médiation du Burkina Faso, elle avait recouvré la liberté.

La nuit dernière, des hommes armés se sont présentés au domicile d’une ressortissante suisse à Tombouctou, malgré l'état d'urgence décrété sur tout le territoire national. Ils ont frappé à la porte, et lorsqu’elle a ouvert, le rapt s’est fait très rapidement. La femme aurait ensuite été cachée dans un domicile privé de la ville selon les premiers éléments de l'enquête. Les kidnappeurs auraient ensuite attendu que le jour se lève pour quitter la ville avec leur otage.

Deux arrestations

Concernant l'identité des ravisseurs, en l'absence encore de revendication formelle, les autorités pensent que le rapt peut être l'œuvre d'une des katibas, unité combattante, d'al-Qaïda au Maghreb islamique. Deux habitants de Tombouctou ont été interpellés selon une source sécuritaire malienne. L'un d'eux est ouverterment soupçonné de figurer parmi les indicateurs ayant permis l'enlèvement de Béatrice Stockly.

A Tombouctou, cette ressortissante suisse d'une quarantaine d'années n’était pas du tout une inconnue. Protestante, Béatrice Stockly, Béatrice comme les gens l’appelaient plus volontiers, disait elle-même qu’elle était en mission d’évangélisation, mais « si elle constate que les questions de religion ne vous intéresse pas, elle n'insiste pas », précise un Tombouctien.

« C'est une femme très accessible. Elle rentre dans les familles, elle écoute et échange avec les gens de toutes les confessions religieuses. Elle s'occupe des enfants », raconte un autre habitant. « Elle vit avec les populations dans les quartiers les plus difficiles de la ville », précise d'ailleurs un responsable du gouvernorat de Tombouctou.

Kidnappée en 2012

En avril 2012, elle avait déjà été kidnappée à Tombouctou. A l’époque, la ville était aux mains des islamistes et l’enlèvement portait leur signature.

Après la médiation du Burkina Faso, la ressortissante suisse avait été libérée, d’après nos informations, contre le paiement d’une rançon. Par hélicoptère, elle avait gagné le Burkina Faso avant de revenir à Tombouctou, après la libération de la ville en janvier 2013.

La piste islamiste ?

Depuis elle habitait dans le quartier d'Abaradjou, au nord de la ville. Un quartier « qui n'est pas très sécurisé, où plusieurs enlèvements ont déjà eu lieu », explique un responsable du gouvernorat de Tombouctou, qui ajoute qu'« elle ne prenait pas plus de précautions depuis son retour. »

Cette fois-ci, son enlèvement n’a pas été revendiqué, mais des sources sécuritaires voient derrière ce rapt la main des islamistes. Il pourrait s’agir aussi d’intermédiaires qui sous-traitent les enlèvements d’Européens dans le Sahel.