Soudan du Sud: accord de gouvernement entre le pouvoir et la rébellion

Un accord fragile a été trouvé au Soudan du Sud, entre les deux éternels rivaux Riek Machar (g.) et Salva Kiir (d.), ce 26 août 2015, à Juba.
© REUTERS/Jok Solomun

Au Soudan du Sud, l'accord de paix entre le gouvernement et la rébellion emmenée par Riek Machar se concrétise. Jeudi 7 janvier, le président Salva Kiir a entériné la nomination de 50 députés rebelles et a formé un nouveau gouvernement de transition, avec des représentants des différentes factions de l'opposition. Mais l'opposition et les observateurs restent prudents. Depuis la signature de l'accord en août 2015, les différents cessez-le-feu ont tous été rompus, et les nombreuses échéances qu'il prévoyait n'ont jamais été respectées.

Sur le papier, cela ressemble à un grand pas en avant dans le jeu politique sud-soudanais. Jeudi matin, le président Salva Kiir a annoncé la nomination de 50 nouveaux députés issus de la rébellion. Plus tard dans la journée, la mise en place d'un nouveau gouvernement de transition était annoncée. Celui-ci comporte 16 ministres du camp gouvernemental et 10 de la rébellion, conformément à l'accord de paix signé le 25 août 2015.

Partage des portefeuilles

Les portefeuilles des Finances, de la Défense, de la Justice et de l'Information notamment seront tenus par des fidèles au président Salva Kiir. L'opposition de Riek Machar obtient quant à elle les ministères de l'Intérieur et du Pétrole. Un partage prévu par l'accord de paix. Pourtant, l'opposition s'estime insatisfaite.

« Je peux seulement dire que nous avons accepté. Nous ne sommes pas vraiment satisfaits mais nous l'avons accepté, explique à RFI James Gatdet Dak, porte parole de Riek Machar du SPLM-IO. Nous aurions voulu d’importants ministères qui auraient besoin d’être réformés et auraient pu l’être par nos représentants. Mais comme c’est le partage du pouvoir, nous savions que nous n’aurions pas ces ministères. Donc nous acceptons ce que nous avons même si nous aurions voulu plus ».

Barnaba Marial Benjamin, ministre des Affaires étrangères du Soudan du Sud, pense lui que cet accord va dans le sens du peuple. « La chose la plus importante est que le président de la République a signé un accord au nom du peuple. Donc nous mettons en place cet accord. Je pense que le partage des ministères apportera paix, stabilité et réconciliation au peuple du Soudan du Sud. Il est évident que cette question des ministères n’est pas la vraie question. La vraie question c’est comment apporter la paix au peuple du Soudan du Sud ».

Prudence du côté des observateurs

Beaucoup de points de l'accord de paix restent encore en suspens. Parmi ceux-ci, le contrôle du pétrole dans le Nord du pays. Le partage du pouvoir entre les 10 Etats du pays devait résoudre ce point de blocage, mais le redécoupage territorial annoncé en octobre par le président Kiir divise la région pétrolifère en dix nouveaux Etats. Le Soudan du Sud est ainsi passé de 10 à 28 Etats. Autre motif de prudence de la part des observateurs : le leader de la rébellion, Riek Machar, est toujours en exil en Ethiopie, à Addis Abeba.

Du côté de la présidence du Soudan du Sud, on affiche un optimisme résolu. Vendredi matin d'abord, le président s'est publiquement excusé pour la guerre civile qui dure depuis deux ans. Et son porte-parole, joint par RFI, a lui confirmé que Riek Machar serait nommé vice-président, poste qu'il a déjà occupé entre 2011 et 2013. Mais pour cela, ajoute-t-il, il faudra que Riek Machar rentre à Juba...