Bénin: reportage à la fête du «vodoun» de Grand-Popo

L’enfant qui se lacère, c’est l'une des scènes spectaculaires que l’on pouvait voir sur la plage de Grand-Popo, cité côtière à l’ouest du Bénin, lors de la fête du vaudou du 10 janvier.
© RFI / Delphine Bousquet

Au Bénin, c'était la fête du vaudou ce dimanche 10 janvier. Une fête nationale célébrée sur tout le territoire pour ce qui est une religion dans ce pays où le vaudou est né. Cette religion est bâtie autour des esprits de la nature et des ancêtres, qu'on appelle « vodoun ». C'est l'occasion pour les adeptes de se retrouver, de sortir leurs divinités, de danser. Reportage à Grand-Popo, cité côtière à l'ouest du Bénin.

Un jeune garçon, au corps recouvert d’une pâte jaune, se lacère le ventre avec un couteau. Pas une goutte de sang ne perle. Cet enfant, adepte de Kokou, une divinité de la terre, possède les pouvoirs du vodoun, comme on appelle le vaudou au Bénin. Ce petit pays d’Afrique de l’Ouest, qui compte 10 millions d’habitants, est le berceau de cette religion bâtie autour des forces de la nature (l’eau, le feu, l’air, la terre) et du culte des ancêtres qui interviennent depuis l’au-delà. Les vodoun sont des esprits qui sont partout. A travers ces esprits divinisés, rassemblés dans un panthéon vaudou, les initiés communiquent avec Dieu, un Dieu créateur qui est au-dessus de tout.

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Des centaines d’adeptes étaient rassemblés sur la plage de Grand-Popo qui accueille chaque année les festivités pour célébrer les différents cultes, au milieu d’habitants curieux et de touristes avides d’explications. Assis dans la tribune portant l’inscription « le vodoun pour un monde meilleur et plus éclairé », Adanyroh Guedehoungue Agassa, président de la Communauté nationale des cultes vodoun du Bénin (CNCVB), une des organisations religieuses, explique le sens de cette fête : « c’est le jour où chaque dignitaire, chaque adepte rend hommage à sa divinité à travers des offrandes accompagnées de danses et d’animations. C’est un grand moment de retrouvailles, l’occasion de voir tous les vodoun ensemble ».

Des dieux par dizaines

Effectivement, abrités sous de grandes bâches, il y a des adeptes de Hêviosso, dieu du tonnerre, de Sakapta, dieu de la terre, de Mami Wata, déesse aquatique, de Gambada, un dieu qui apporte la richesse. Il y a aussi des impressionnants Zangbeto, les gardiens de la nuit. Les vodounsi, noms donnés aux initiés, dansent au son des tams-tams et des gongs, suivant des rythmes propres à chaque divinité. Ces hommes, ces femmes, ces jeunes, sont reconnaissables à leurs pagnes et à leurs parures de colliers et bracelets, là aussi propres à chaque culte.

Habillé en costume, Jean-Clozel Sossamissou dénote dans le paysage. Il est pourtant initié, membre de la CNCVB. Installé au Bénin depuis dix ans, il revient chaque année au pays pour le 10 janvier, « parce que c’est ma tradition, lâche-t-il, comme si cela allait de soi. La religion vodoun est la plus ancienne, elle est née au moment où Dieu a créé le ciel et la terre, et le vent, l’eau, la mer, le feu. C’est de ça que nos arrières arrières arrières ancêtres s’étaient servis, qu’ils nous ont laissés et que nous continuons de perpétuer ».

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Si la religion est ancestrale, la fête du vodoun est récente. Elle a été instituée en 1994 par l’ancien président Nicéphore Soglo, puis transformée en jour férié en 1998 sous Mathieu Kérékou. Le général avait pourtant farouchement combattu les cultes traditionnels entre 1972 et 1991 sous son régime marxiste-léniniste, au motif qu’ils retardaient le pays et que c’était de la sorcellerie. Une répression qui a renforcé le secret de certaines pratiques.

Des zangbeto, les gardiens de la nuit. © RFI / Delphine Bousquet

Sorcellerie

La sorcellerie, c’est l’image négative qui est accolée au vodoun. Elle viendrait des batchio, des statuettes en bois transpercées de morceaux de fer dont chacun a une signification. L’image viendrait aussi de la dualité des esprits : l’eau qu’on boit peut aussi vous noyer. L’esprit n’est pas mauvais mais les hommes les utilisent parfois pour nuire à d’autres. C’est la conclusion que tire Marcellin Gbesse, jeune catholique, croix en bois autour du cou, venu avec des amis sur la plage de Grand-Popo : « ce n’est pas parce que je suis chrétien que je vais ignorer le vodoun. Je n’ai rien vu de mal ici. C’est une fête qui impressionne mais je me sens à l’aise ». « Le vodoun prône la paix, assure le président du CNCV. Son fondement est le bien-être de l’Homme. »

Et le vodoun est plus qu’une religion, qui compterait 17 % de membres selon le dernier recensement qui date de 2002. Il imprègne toute la société béninoise. Par attachement aux croyances de leurs ancêtres, des familles catholiques ou musulmanes ont chez elles des Legba, vodoun qui protège les habitations. Et puis nombre de Béninois, quelle que soit leur niveau social, leur éducation, se tournent vers le vodounon, à la fois prêtre et guérisseur, en cas de problèmes : un étudiant avant un examen, un couple qui n’arrive pas à enfanter, un entrepreneur qui ne décroche pas de marchés. Venu d’un village à une cinquantaine de km, Victorin Kokou montre une cicatrice sur sa joue gauche. « Le vodoun m’a guéri, c’est grâce à lui que je suis en vie. Je lui dois toute ma gratitude », confie le jeune homme, qui accompagne un Zangbeto. En fait, le vodoun fait partie de la culture. Il forge une vision de la vie qui structure la pensée et la façon d’être de beaucoup.

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Il a aussi des messages politiques, ce qui crée des frictions entre les organisations cultuelles. A Grand-Popo, si certains dignitaires ont donné des consignes de vote pour l’élection présidentielle du 28 février, ils ont surtout appelé à un scrutin pacifique. « Les esprits ont toujours guidé ce pays, commente Jean-Clozel Sossaminou. En politique, les gens disent ce qu’ils veulent, s’insultent mais il n’y a jamais eu et il n’y aura jamais de sang versé. Le Bénin continuera de vivre en paix ! ».