Mémo sur le Burundi: l'ONU craint le pire et envoie une mission

Le quartier de Ngagara, à Bujumbura, en avril 2015.
© AFP PHOTO / SIMON MAINA

Une mission du Conseil de sécurité des Nations unies, dirigée par la France, les Etats-Unis et l'Angola, se rendra au Burundi du 20 au 22 janvier. L'ONU suit en cela l'ultime recommandation d'un mémo adressé au Conseil par le chef des opérations de maintien de la paix, Hervé Ladsous, le 6 janvier dernier, et qui a fuité dans la presse dimanche soir. La situation se dégrade dans le pays, avec une hausse des assassinats et des disparitions.

Le document était strictement confidentiel et devait répondre à la demande du Conseil de sécurité, consistant à prévoir un plan de déploiement de troupes au Burundi en cas d’augmentation des violences. Mais le mémo envoyé par le Français Hervé Ladsous a fuité, a été diffusé sur le site Vice News, et l'on se rend compte qu'il va plus loin et dresse un constat alarmant de la situation au Burundi.

La situation ne cesse de se détériorer, écrit Hervé Ladsous, et les mois de novembre et décembre ont vu une hausse significative des violences et des assassinats. Selon le document, les membres de l’opposition et de la société civile continuent d’être pris pour cible par la police, les services de sécurité et les Imbonerakure (mouvement de jeunesse du parti au pouvoir, le CNDD-FDD).

Cette situation est encore compliquée par l’apparition de groupes armés, tels que les Forces républicaines du Burundi (Forebu) et la Résistance pour un Etat de droit au Burundi (RED-Tabara). Les accrochages entre ces groupes et les forces loyales au président Pierre Nkurunziza ont causé de nombreuses victimes collatérales.

Principale conséquence : les donateurs se font de plus en plus rares et le Burundi s’enfonce dans une grave crise économique, dont les civils sont à nouveau les victimes, avec des pénuries de nourriture et de médicaments. Si le scénario du pire devait se produire, explique M. Ladsous aux membres du Conseil, les Nations unies ne sont absolument pas préparées à agir.

Trois scénarios pour le Burundi

Comment la situation au Burundi va-t-elle évoluer ? Le chef des opérations de maintien de la paix dresse trois scénarios possibles :

► Premier scénario : la situation reste stable avec des violations régulières des droits de l’homme, notamment par la police et les forces de sécurité. L’ONU devrait alors diligenter une mission d’observation et soutenir le déploiement de la Maprobu, la force de stabilisation de l'Union africaine.

► Deuxième scénario : l'augmentation du niveau de violence après une scission dans l’armée ou un assassinat politique. Les affrontements sont ouverts, il n’y a plus de discussion politique et la Maprobu ne peut gérer la situation. En conséquence, les violences s’intensifient et se propagent à l’intérieur du pays, notamment aux frontières de la RDC et du Rwanda. Le nombre de réfugiés double et le risque humanitaire touche 2 millions de personnes, l’économie s’effondre.

► Troisième scénario : les violences prennent une dimension ethnique avec des incitations aux crimes contre l’humanité, crimes de guerre ou au génocide. L’ensemble du pays s’embrase avec des conséquences pour ses voisins.

Des casques bleus à Bujumbura ?

En réponse à ces deux dernières hypothèses d’escalade de la violence, le mémo préconise en dernier recours l’envoi de casques bleus sur le terrain burundais. Il devra être autorisé par une résolution du Conseil de sécurité.

Pour un déploiement rapide, la note envisage de puiser dans les contingents de la Monusco. Après une phase préparatoire d’un mois, 4 000 hommes pourraient être sur place en moins d’une demi-journée. Cela représente un risque pour la situation en RDC, souligne le mémo, mais amener d’autres contingents prendrait jusqu’à six mois.

Quel que soit le scénario, conclut la note, l’ONU n’a actuellement pas la capacité de protéger la population sans une aide de la part des Etats membres. Mais il est notable que l'envoi d'une mission du Conseil de sécurité au Burundi, du 20 au 22 janvier prochain, suit l'ultime recommandation du mémo. Elle sera dirigée par la France, les Etats-Unis et l'Angola.

Après la diffusion, dimanche, des informations transmises par Hervé Ladsous au Conseil de sécurité, la réaction de Bujumbura ne s’est pas fait attendre : dans un tweet, le conseiller en communication de la présidence, Willy Nyamitwe, considère que le mémo rédigé par chef des opérations de maintien de la paix de l'ONU contient des mensonges.