Election au Bénin: réactions en chaîne après l'alliance de Zinsou

Lionel Zinsou, nouveau Premier ministre du Bénin, candidat à la présidentielle sous l'étiquette des FCBE, parti du président sortant Thomas Boni Yayi.
© AFP/Thomas Samson

Le premier tour de la présidentielle au Bénin se tient le 28 février. Le ralliement de deux importants partis à Lionel Zinsou, candidat des FCBE (l'Alliance des forces cauris pour un Bénin émergent) du président sortant Thomas Boni Yayi, a eu l'effet d'une petite bombe dans le pays. Lionel Zinsou a en effet annoncé qu'il bénéficiait du soutien de la RB (Renaissance du Bénin) de Léhady Soglo et de celui du PRD (Parti du renouveau démocratique) d'Adrien Houngbedji, actuel président de l'Assemblée nationale. Une alliance qui suscite de nombreuses réactions.

En mai dernier, c’est une large coalition poussée par Patrice Talon avec le PRD, la Renaissance du Bénin et d’autres partis, qui avait porté Adrien Houngbédji au perchoir. Les négociations allaient bon train. La semaine dernière encore, Nicéphore Soglo, président d’honneur de la RB vilipendait la candidature de Lionel Zinsou. Voilà que subitement, le jeu s’inverse.

« L'opposition n'a plus sa cohésion depuis quelques mois. Ça veut dire que chaque parti est libre pour faire son choix, explique Wabi Fagbemi, le secrétaire général du PRD, contacté par RFI. [Lionel Zinsou ndlr] est le mieux placé. Nous avons presque le même projet de société. C'est ça qui a guidé notre démarche. » Une décision qui veut clairement dire, assume-t-il, que le PRD n'est aujourd'hui plus dans l'opposition, mais bien « dans la mouvance présidentielle », ajoute-t-il.

Du côté des partisans de Patrice Talon, c’est la déception et l’incompréhension. « Il n'y a pas quand même à dire, le 19 mai 2015, que Boni Yayi est si vilain qu'il faille avoir une coalition pour aller contre, et que maintenant, en janvier 2016 [...] que tout se coalise autour de lui, regrette le député Joseph Djogbenou. Vous savez, la compétition électorale est un marché, et l'offre et la demande s'évalue par rapport à la personne qui appelle à consommer. »

Une question demeure : les partisans de ces partis suivront-ils leurs leaders le Jour J ?

Ce qui s'est concrétisé hier a été le fruit d'un long processus de négociations et de discussions. Parce que comme vous le savez, la Renaissance du Bénin avec le FCBE, ont à un moment donné eu quelques points d'intersection en termes de collaboration, etc. Ça n'a jamais été linéaire. Ça va en dents de scie. Mais avec le Parti du renouveau démocratique, c'est deux tendances diamétralement opposées. A un moment donné, les leaders de ces deux formations politiques ont pensé que pour le bonheur du pays, on pouvait se mettre ensemble pour reconstruire. [...] Et c'est cet esprit qui a caractérisé tout le processus de négociations qui a été conduit et qui a pu permettre de sortir cet accord historique.
Komi Koutché, ministre béninois des Finances
13-01-2016 - Par Delphine Bousquet


■ Coup dur pour les opposants de Lionel Zinsou

Ce ralliement est en tout cas un coup dur pour les adversaires de Lionel Zinsou, en particulier pour les hommes d’affaires Patrice Talon et Sébastien Ajavon, qui auraient aimé avoir le PRD de leur côté. C’est une force politique incontestable – autour de 20 % de l’électorat – concentrée au sud-est du pays.

Alors, pourquoi Adrien Hougbédji, le fondateur et leader de ce parti, a-t-il choisi de s’associer à Lionel Zinsou ? N’ayant pas de candidat, lui-même est trop âgé et personne n’a été désigné en interne. Cette alliance apparaît comme la meilleure option pour que son parti soit au pouvoir au gouvernement, après des années d’opposition. De tous les candidats, Zinsou dispose, avec les FCBE, de la plus grosse machine électorale. Ensuite, il y a aussi des liens entre Adrien Houngbédji et la famille Zinsou, qui se connaissent bien.

La Renaissance du Bénin n’avait pas non plus de candidat, son président Léhady Soglo, maire de Cotonou, ne s’est pas lancé dans la bataille. Pour la RB, qui a perdu du terrain électoralement, mais qui compte toujours dans le paysage politique, c’est un moyen de se positionner et d’avoir un allié pour la gestion de Cotonou.

Pour le moment, rien n’a filtré sur les accords qui ont été scellés ni évidemment sur ce que le PRD et la RB ont obtenu en échange de leur soutien. Les deux formations jouent gros en misant sur Lionel Zinsou autour duquel elles espèrent maintenant créer un effet d’entraînement.