Fin d'Ebola au Liberia: retour sur une épidémie meurtrière

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) doit annoncer ce 14 janvier 2016 la fin de la transmission d'Ebola au Liberia.
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Après la Sierra Leone début novembre et la Guinée fin décembre, c'est au tour du Liberia d'être déclaré en fin de transmission d'Ebola, c'est à dire qu'aucun cas positif n'a été détecté depuis 42 jours (2 fois la période d'incubation). Le Liberia restait le dernier pays atteint, c'est donc officiellement ce 14 janvier que l'OMS a annoncé la fin de l'épidémie qui a touché 10 pays et fait plus de 11 300 morts dont 99% au Liberia, en Sierra Leone et en Guinée. Mais il faut rester très prudents, car le Liberia avait déjà été déclaré exempt d'Ebola par deux fois en 2015.

C'est en décembre 2013, au sud de la Guinée, qu'apparaissent les premiers malades d'une sorte de fièvre hémorragique virale. Elle ne sera identifiée qu'en mars 2014 comme le virus Ebola au moment où les premiers cas sont confirmés au Liberia, puis en mai en Sierra Leone.

Malgré les alertes lancées par des ONG médicales, ce n'est qu'en août que l'OMS décrète une « urgence de santé publique mondiale ». Dans ces trois pays, les structures sanitaires, insuffisantes et durement touchées par le décès de personnels particulièrement exposés, peinent à faire face. Des mesures drastiques sont prises : fermeture des frontières, mise en quarantaine de régions entières.

Le quotidien des populations lourdement impacté

Les consignes de prévention et l'intervention des équipes médicales passent parfois mal auprès des populations qui oscillent entre méfiance, colère et désespoir. Car au-delà de la tragédie qui touche des milliers de familles, le virus bouleverse les modes de vie : contact interdits, rites funéraires traditionnels bannis, cantonnement...

L'épidémie aura des conséquences durables, socialement avec notamment des milliers d'orphelins et des services sanitaires sinistrés, mais aussi économiquement : la Banque mondiale évalue à 2 milliards d'euros la perte de PIB pour ces trois pays.

Enfin, sur le plan médical, si les tests de traitements potentiels se sont multipliés, ces recherches sont loin d'avoir abouti et de nouvelles questions se posent : on sait notamment désormais que certains survivants peuvent rester porteurs du virus pendant plusieurs mois.

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L'institut Pasteur de Conakry

Au plus fort de l'épidémie, la Guinée et la France ont décidé d'installer un institut Pasteur à Conakry pour éviter qu'une situation pareille ne se reproduise. Le Dr Noël Tordo est virologue à l'institut Pasteur, c'est lui qui dirigera le centre dans la capitale guinéenne. Les travaux de cet institut doivent durer deux ans mais la formation, elle, va commencer dès le milieu de l'année 2016.

L'essentiel dans cet institut est de former les Guinéens pour le futur. De faire que la prochaine fois que cela se produira, ce ne sera pas fatalement Ebola qui sera là. Ce sera peut-être autre chose. Mais les gens auront été préparés. Parce qu'on se prépare essentiellement en période de paix, lorsqu'on est en période d'épidémie, il faut aller vite et c'est pas là qu'on est toujours le plus efficace. Il faut former les gens lorsqu'on a le temps de les former, lorsqu'ils ont le temps d'acquérir un certain nombre de connaissances. C'est parce qu'on a été bien formé dans un domaine, qu'on va être capable par la suite de mieux réagir y compris si ce qui émerge n'est pas exactement ce sur quoi vous avez travaillé.
Dr Noël Tordo, virologue à l'Institut Pasteur
14-01-2016