Ebola: en Afrique de l’Ouest, la vigilance reste de mise

Des soignants de Médecins sans frontières au Liberia lors de l'épidémie du virus Ebola.
© AFP PHOTO / DOMINIQUE FAGET

L'Organisation mondiale de la Santé a officiellement annoncé, ce jeudi, la fin de l'épidémie d'Ebola en Afrique de l'Ouest. Une annonce à prendre avec prudence puisque l’on a appris depuis que la Sierra Leone enquêtait sur un décès suspect, une jeune fille victime d'une fièvre hémorragique rappelant Ebola. Les habitants des trois pays touchés, Guinée, Sierra Leone et Liberia, restent donc sur leurs gardes et se méfient toujours.

La peur n'a pas complètement disparu comme le constatent les survivants d'Ebola. Alvin Davis est l'un d'entre eux et il raconte que les personnes guéries d'Ebola sont souvent victimes de discrimination : « Beaucoup de survivants ont vécu la même expérience quand ils sont sortis de l'hôpital et qu'ils sont rentrés chez eux. Ceux qui louaient leur maison, leur propriétaire avaient peur qu'ils soient encore contagieux et leur ont demandé de partir. Ceux qui ont des commerces, notamment ceux qui vendent de la nourriture, les gens avaient peur de leur acheter à manger, ils ont perdu leurs clients. Presque tous les survivants, quand ils sont retournés travailler, on leur a dit : rentrez chez vous, on vous appellera si nécessaire ».

A cause de cette discrimination, ceux qui ont pu guérir d'Ebola ont souvent honte. Beaucoup préfèrent ne pas parler de la maladie, cacher le fait qu'ils ont été contaminés. Ebola complique tout, y compris les relations familiales et intimes. Le virus peut rester présent dans le sperme pendant plusieurs mois et cela inquiète beaucoup. Il est très difficile de nouer une relation amoureuse en ce moment au Liberia, où la fin de l'épidémie vient d'être annoncée.

Eviter une nouvelle épidémie

L'Organisation mondiale de la Santé explique que si l'épidémie a pris une telle ampleur, c'est parce que les pays d'Afrique de l'Ouest n'étaient pas préparés. Ebola n'avait jamais touché cette région du monde. Depuis, beaucoup de décision ont été prises, notamment pour améliorer les services de santé, mais certains aimeraient que les changements aillent nettement plus vite.

Saran Caba Jones vit en Sierra Leone où elle a fondé l'ONG Face Africa et elle regrette que le gouvernement ne fasse pas plus d'effort pour améliorer l'accès à l'eau, par exemple, parce que l'eau est essentielle pour lutter contre Ebola : « Pour vous laver les mains, vous avez besoin d'eau donc c'est un point essentiel pour pouvoir contrôler de futures épidémies. J'espère que maintenant que la Sierra Leone, le Liberia et la Guinée se remettent d'Ebola, la question de l'eau va devenir une priorité, car c'est crucial pour le contrôle des maladies ». Il y a donc beaucoup d'efforts à faire dans les pays concernés, pour prévenir d'éventuelles futures épidémies.

Un vaccin contre Ebola

Il n’y a aujourd’hui pas de traitement contre Ebola, mais des vaccins commencent à voir le jour. Il en existe un dont l'efficacité a été testée ces derniers mois. Alors il ne s'agit pas d'un vaccin qui serait injecté à toute la population, mais juste aux proches des malades si jamais le virus revient pour éviter une nouvelle épidémie.

Le docteur Noël Tordo de l'Institut Pasteur pense que cette solution est la plus adaptée : « C'est compliqué de vacciner toute une population pour des raisons économiques, parce que ce sont des vaccins qui doivent en plus maintenir la chaîne du froid pour être distribués jusque dans les régions... donc, faire une vaccination systématique de toute la population n'est pas l'option choisie pour le moment et c'est relativement sage parce que tout le monde n'est pas non plus à risque d'Ebola tout le temps. On sait produire ce vaccin, on sait qu'il faut une décision quelque part, une décision politique. Il faut un financement et cela, c'est plutôt une discussion qui doit se tenir au niveau international ».

Les pays touchés par Ebola auront besoin de soutien dans les mois et les années qui viennent pour réformer leurs systèmes. Et ils espèrent que la communauté internationale restera mobilisée, même si la crise est officiellement terminée.