RDC: 4 000 personnes sans abri après la fermeture du camp de Mokoto

Les autorités provinciales ont décidé de fermer le camp de déplacés de Mokoto, dans le Nord-Kivu, en RDC, laissant 4 000 personnes sans abri, le 12 janvier 2016.
© RFI / Sonia Rolley

Au Nord-Kivu dans l’est de la RDC, les autorités ont décidé de fermer le camp de déplacés de Mokoto, dans le Masisi. La décision a été prise à la suite de la découverte d’une arme dans une hutte et du vol de deux vaches. Les autorités provinciales ont affirmé que la population locale se serait plaint de ce camp de déplacés comme d’un repère de criminels. Elles ont donc décidé de sa fermeture. RFI s’est rendu sur place.

Une semaine seulement après avoir averti les déplacés et la communauté humanitaire, des policiers sont venus brûler le camp, mardi dernier, le 12 janvier. Plus de 4 000 personnes qui vivaient dans ce camp, depuis 2009, se sont ainsi retrouvées sans abris. Si la plupart sont partis vers Kitchanga, une localité voisine, les plus vulnérables sont restés, accueillis par la population locale.

« C’est ça, le camp. Tout ceci. Toutes les huttes ont été brûlées. Toutes les huttes. Pas même une seule qui est restée », nous dit un habitant de Butare, la localité qui accueillait le camp de déplacés.

Il tient à montrer les dégâts et semble encore sous le choc.

« C’est très alarmant. Nous étions bien avec les déplacés, et voilà que tout d’un coup, on brûle le camp. C’est un problème quand même. On a vu les policiers venir brûler. Ils ne connaissaient pas la situation », a ajouté cet habitant de Butare.

Comme d’autres, il a accueilli ceux, parmi les déplacés, qui ne pouvaient pas aller à Kitchanga.

« J’ai déjà accueilli un handicapé, avec une vieille maman. Une très vieille maman qui ne peut pas se déplacer jusqu’à Kitchanga et un handicapé qui ne sait pas marcher. C’est très choquant », a-t-il témoigné.

A portée de voix, un policier, plutôt gêné, s’explique.

« On a brûlé le camp parce qu’on y a trouvé une arme à feu. Le président du camp et aussi notre commandant, titulaire d’ici, étaient de connivence avec les malfaiteurs », a-t-il déclaré.

A la question de savoir si effectivement le président du camp a aidé les malfaiteurs à partir avec les vaches, le policier confirme.

« Oui, oui. On a retrouvé de la viande dans leurs maisons. C’est notre hiérarchie qui a pris la décision de brûler le camp. Nous sommes désolés de ce qu’on a fait », a-t-il ajouté.

Le commandant local de la police a été remplacé. Par ailleurs, un déplacé chez qui l’arme a été retrouvée, serait – lui – toujours détenu.

Le gouvernement provincial n’a jamais caché son intention de fermer des camps de déplacés au Nord-Kivu. A cela, plusieurs raisons ont été avancées. D’abord parce que ces camps seraient des repères de criminels, ensuite pour ne pas favoriser l’esprit de dépendance des populations, et enfin parce que selon les autorités, la paix étant revenue dans leurs localités d’origine, ils devraient rentrer chez eux. Des positions qui inquiètent la communauté humanitaire du Nord-Kivu.