Violences à Niamey et Zinder: un an après, quid des responsabilités?

Un homme brandit un Coran, sur fond de véhicule en feu et d'une mosquée, à Niamey, où de violentes manifestations se sont déroulées le 17 janvier en réaction à la publication de caricatures dans le journal Charlie Hebdo.
© REUTERS/Tagaza Djibo

Il y a un an, le 17 janvier 2015, une vague de violence s'abattait sur la capitale du Niger. Pillages, mises à sac, incendies : 45 églises, 36 bars et restaurants étaient pillés en une journée. Des manifestations qui avaient débuté la veille dans la ville de Zinder en protestation au numéro de Charlie Hebdo, publié après les attentats du 7 janvier, contre la rédaction du journal. Le bilan de ces deux jours d'émeutes à Zinder et Niamey est lourd : dix morts et des dizaines de blessés. Un an après, on ne sait toujours pas précisément qui était derrière ces violences.

Un an après, difficile de dire qui ont été les auteurs de ces violences inédites dans le pays. Les différents témoignages font état de groupes organisés munis de bidons d'essence, de pioches et de gourdins. De très jeunes assaillants d'à peine plus de dix ans, qui ont saccagé une à une les églises et les bars de leurs quartiers aux cris d’ « Allah Akbar ».

Pour les autorités il n'y a pas de doute, l'opposition - et en particulier le parti Lumana - a été le chef d'orchestre de ces émeutes. « Ce sont leurs militants qui sont en prison », assure un officiel, avant d'ajouter : « Ils ont été vus buvant de la bière dans les bars qu'ils ont attaqués, preuve que ce n'était pas des islamistes. »

Dans le camp du parti de l'ex-Premier ministre Hama Amadou, on affirme au contraire que ce qui s'est passé était purement islamiste.

Raponsabilité partagée

A mi-chemin, d'autres voix estiment que les responsabilités sont probablement partagées, et qu'il n'est pas impossible que l'opposition ait poussé à la manifestation, et que ceux qui ont donné le mot d'ordre aient capitalisé sur un fond religieux, dans un contexte où le sentiment anti-chrétien se renforce depuis deux ou trois ans, notamment autour de la période de Noël.

Un an après les faits, environ 70 personnes sont toujours aux arrêts. Mais aucun procès n'a encore eu lieu.

 → A (RE)LIRE : Violences religieuses au Niger: le président Issoufou dans le viseur

« Les murs ne tiennent plus »

Dans les églises incendiées, en tout cas, on est encore loin de retrouver la quiétude d'avant les pillages. Le pasteur Soumaila Labo montre à RFI l’intérieur de l’une d’elle : « Ce que vous voyez, c’est le bâtiment qui a été brûlé. Les murs ne tiennent plus. Si on avance un peu plus, on voit que l’on est à ciel ouvert parce que même la toiture a été consumée par les flammes. »

Tout a fondu dans cette église d'un quartier populaire de Niamey. Un an après les faits, le bâtiment brulé n'a pas été rénové. Un hangar provisoire fait office de lieu de culte pour les 300 habitués qui fréquentent les lieux.

Même les arbres fruitiers ont été arrachés par les jeunes assaillants. « Je sais qu'ils étaient nombreux et ils étaient armés de machettes, de gourdins, de pioches », poursuit le pasteur Soumaila Labo, qui point le caracère organisé des violences : « Mêmes des églises qui se réunissaient dans les maisons étaient identifiées. »

Mais ce qui s'est passé, n’a rien changé pour lui : « Rien, absolument rien. Au contraire, le changement a été positif dans le sens qu’il a renforcé ma foi et la foi de nos membres. » Des fidèles qui ont d'ailleurs tenu à fêter Noël à l'intérieur des murs noircis de leur église.