L'onde de choc dans la région après l'attaque jihadiste de Ouagadougou

Un client quitte le Splendid Hotel après avoir récupéré ses bagages, à Ouagadougou, le 17 janvier 2016.
© REUTERS/Joe Penney

Solidarité, émotion et peur... L'attaque terroriste qui a fait 29 morts, vendredi soir, en plein centre de Ouagadougou, a ravivé l'inquiétude de la menace jihadiste dans les pays frontaliers du Burkina Faso et dans toute la sous-région. Tour d'horizon.

  • Côte d'Ivoire : la plus grande diaspora burkinabè

En Côte d'Ivoire, voisin du Burkina Faso, les attaques terroristes survenues à Ouagadougou ont été très suivies. D'autant que le pays abrite la plus grande diaspora burkinabè.

Les attentats au Burkina Faso ont longuement occupé les conversations en Côte d'Ivoire, même si la vie semble suivre son cours normal. Sur les réseaux sociaux, le hashtag #YakoBurkina a été créé pour témoigner de la solidarité des Ivoiriens au peuple burkinabè.

Aujourd'hui, les Ivoiriens se disent inquiets de cette situation. « Ça fait peur. S’ils ont pu frapper au Burkina, s’ils ont pu frapper au Mali, on se dit pourquoi pas chez nous, confie Kezo Vrinsia, chargé de communication. On ne sait pas quelle sera la prochaine destination des jihadistes. »

Attaque jihadiste à Ouagadougou: un air de déjà vu

Au sein de la communauté burkinabè vivant en Côte d'Ivoire, on se sent impuissant, surtout loin de chez soi. Les attaques sont encore très présentes dans les pensées et on prie pour que cela ne se reproduise plus. « On ne s’attendait pas à ce qu’un événement d’une telle violence survienne au moment où le peuple burkinabè a su maintenir la paix et l’ordre pour organiser des élections libres, transparentes et apaisées. C’est injuste, mais nous ne pouvons rien faire », regrette Mamadou Sanogo, président du Conseil national des Burkinabè de Côte d’Ivoire.

Les attaques de Ouagadougou ont soulevé parmi la population ivoirienne des questions sur l'efficacité de leur système de sécurité. Aussi ont-ils été nombreux à souhaiter plus de coopération à ce niveau entre les pays de la sous-région.

  • Sénégal : l'ombre du terrorisme de plus en plus proche

Au Sénégal, le président Macky Sall également président en exercice de la Cédéao, a condamné « ces actes barbares qu'aucune cause ne saurait justifier ». Si les Nations unies n'ont pour le moment pas rehaussé leur niveau d'alerte à Dakar, la gendarmerie est particulièrement visible depuis plusieurs semaines sur les lieux de loisirs car la menace inquiète de plus en plus.

Sur la côte atlantique, le Sahara et son instabilité semblaient pourtant bien loin jusqu'à ces derniers mois. Mais aujourd'hui l'ombre du terrorisme se rapproche du Sénégal. En août dernier, une fausse alerte à la bombe avait semé la panique aux alentours de l'hôtel Radisson et fait prendre conscience de la nouvelle donne régionale. Plus récemment, en octobre, des imams soupçonnés de liens avec le terrorisme ont été arrêtés dans plusieurs villes du pays. Un coup de filet d'une ampleur inédite.

Attaque du Splendid Hôtel: retour sur une terrible nuit à Ouagadougou

Le Sénégal se voit donc de plus en plus comme une cible potentielle. Il faut dire qu'il est lui aussi un important contributeur de la Minusma au Mali et abrite toujours de façon permanente plus de 250 militaires français. Sans compter l'importante présence sur son sol de communautés étrangères et de sièges d'organisations internationales. Plus de 20 000 Français sont ainsi enregistrés dans le pays.

Enfin, Macky Sall tient depuis plusieurs mois un discours d'intransigeance vis-à-vis de l'extrémisme religieux. Il s'est notamment prononcé à plusieurs reprises pour l'interdiction du port du voile intégral. L'opinion publique semble en revanche beaucoup plus frileuse pour le moment. Un discours assez répandu ici voit les prises de position de Macky Sall comme une mise en danger. Une peur bien compréhensible même si le Sénégal est bien placé pour savoir que les problèmes des voisins sont aussi les siens. En 2017, cela fera dix ans que le célèbre rallye Paris-Dakar aura quitté la région à cause du terrorisme. A l'époque, le pays touché était la Mauritanie.

  • Niger : peur et sécurité renforcée 

A Niamey, au Niger, pays voisin du Burkina Faso, les attentats de Ouagadougou ont été suivis avec beaucoup d'attention. Les autorités ont renforcé la sécurité mais l'émotion est visible.

Nous sommes un pays frontalier du Burkina Faso donc on craint pour notre sécurité.
Reportage à Niamey
18-01-2016 - Par Moussa Kaka