Massacre de Miriki: la Monusco et l’armée congolaise n’ont rien fait

Le camp de déplacés de Miriki accusé d'avoir accueilli les FDLR auxquels ce massacre est attribué.
© RFI / Sonia Rolley

Dix jours après le massacre de Miriki au Nord-Kivu, la société civile locale ne décolère pas. Dix-sept personnes ont été tuées dans la nuit de mercredi à jeudi la semaine dernière dans ce petit village du territoire de Lubero et qui visait notamment le chef coutumier, deux de ses femmes et quatre de ses enfants ont été tués. Attaque attribuée aux FDLR, ce que les rebelles hutus rwandais démentent.

Pour la société civile de Miriki, le plus grave dans le massacre qui a eu lieu voici 10 jours, c'est l'attitude des forces présentes sur place.

Les unités de l'armée congolaise, de la police et le détachement sud-africain de la brigade d'intervention de la Monusco, censé être une unité d'élite, ne sont pas intervenus. Ils ont tous pourtant une base à moins d'un kilomètre du lieu du massacre.

Le chef coutumier de Miriki, Gervais Paluku, a perdu deux femmes dont une enceinte et quatre enfants dans ce massacre : « Cette nuit-là, je n'étais pas là. Mais nous étions ciblés, moi et mon adjoint. »

Enquête à la Monusco

Les assaillants l'ont d'abord cherché chez lui. Il est plus de 2h. Dans la première version du massacre de Mikiri, leurs auteurs auraient tué leurs victimes à la machette et auraient tiré en l'air en se retirant, la Monusco, les FARDC et la police n'auraient appris la tuerie que trop tard.

« La balle a traversé la porte... » Le chef coutumier montre les impacts de balles sur la maison. Il y en a sur d'autres. Les survivants assurent que les coups de feu ont duré longtemps.

« Les FARDC sont là, la Monusco est là, est-ce possible qu'ils n'entendent pas les coups de feu ?, s’interroge Gervais Paluku. Lorsqu'il y a des coups de feu, même ceux qui habitent à dix kilomètres peuvent [les] entendre. Mais les deux forces sont à moins d'un kilomètre. »

La Monusco a lancé une enquête interne. Les quelques 120 Sud-Africains auraient eu une réponse inadéquate, selon plusieurs sources onusiennes. Le major FARDC et les policiers ont été remplacés. Côté onusien comme congolais, on souligne une résurgence des tensions entre les deux communauté vivant à Miriki, les Hutus et les Nandés.

Tensions ethniques

D’ailleurs le chef coutumier de Miriki, nandé, accuse lui-même la communauté hutue congolaise vivant dans du camp de déplacés d'avoir facilité l'accès du village aux FDLR.

« Ce camp, qui a été construit tout près de la base de la Monusco à Miriki, accueille des Hutus de Rutshuru. Depuis 1996, il y a toujours eu des guerres... [et] des déplacés, et même des déplacés provenant du groupement d'Ikobo. Mais nous n'avons jamais vu [un] tel massacre se produire jusque-là. L'installation de ce camp a permis les infiltrations des FDLR ! »

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Le chef nandé affirme détenir des preuves que non seulement les déplacés, certains voisins et les FDLR, tous hutus, se seraient coalisés pour mener cette attaque. Les assaillants semblaient savoir où trouver les maisons de Gervais Paluku et de sa famille. Le chef coutumier nandé semblait leur principale cible.

« Cela n'est pas vrai, rétorque Bahati Kayagwe, vice-président du camp de déplacés. Lorsqu'on était dans nos villages d'origine, nous étions toujours victimes de discrimination. Nous sommes des congolais, c'est pour ça que nous nous sommes installés auprès de l'armée congolaise et que nous n'avons pas fui avec les FDLR. Et une fois installé ici, ils ont continué à nous traiter de FDLR, de Rwandais, ils nous ont menacés de nous décapiter ! »

Une milice nandé, l'UDPI, a attaqué le camp de déplacés dès le lendemain du massacre, brûlant une vingtaine de cases.