Libye: formation d’un gouvernement d’union nationale

32 ministres représentant les différentes parties et régions composent le gouvernement d'union dirigé par l'homme d'affaires de Tripoli, Fayez el-Sarraj. (Photo de Fayez el-Sarraj lors d'une conférence de presse à Tunis, le 8 janvier 1016). e
© FETHI BELAID / AFP

Un mois après la signature d'un accord politique parrainé par l'ONU, les Libyens ont annoncé ce mardi 19 janvier 2016 la formation d'un gouvernement d'union nationale. Une équipe de 32 personnes composée après d'interminables négociations. Un seul gouvernement, c’est donc désormais un seul interlocuteur pour la communauté internationale, qui attendait cela pour pouvoir aider les Libyens à affronter les immenses défis auxquels le pays fait face.

Cela a été long, plus d’un an de tractations, de revirements. Un émissaire de l'ONU, Bernardino Leon, y a même laissé son poste, avant d'être remplacé par l'Allemand Martin Kobler. Celui-ci salue ce mardi matin cet aboutissement, et demande à la Chambre des représentants libyenne, le Parlement reconnu par la communauté internationale basé dans l'est du pays, de rapidement l'avaliser par un vote. Après cette validation, il aura un mandat d'un an.

L'envoyé spécial de l'ONU pour la Libye, Martin Kobler, a multiplié les voyages dans la région pour exhorter les députés à venir siéger à Tobrouk pour participer à ce vote de confiance. Mais c'est le Premier ministre Fayez el-Sarraj, un homme d'affaires originaire de Tripoli, qui à la tête du Conseil présidentiel (une instance mise en place par l’accord interlibyen de Skhirat), était à la manœuvre pour former ce nouveau gouvernement de 32 membres. Il s’agissait d’aplanir des divergences qui se sont exprimées jusqu’au dernier moment, les Libyens ayant même obtenu un délai de 48h pour donner la liste définitive des ministres.

32 ministres représentant les différentes parties et régions

C’est finalement une équipe de trente-deux membres qui ressort de ce mois de négociations à Tunis. Le Conseil présidentiel a tenu à respecter un équilibre entre l'ouest, l'est et le sud, mais aussi à favoriser une répartition des portefeuilles reflétant les rapports de force et les lignes de fractures actuelles en Libye.

Concernant les ministères régaliens, celui de la Défense a été confié à un commandant de l'armée originaire de l'est libyen et qui combat les milices jihadistes dans cette région. Il est l’allié du général Khalifa Haftar, un homme dont l’ombre n’a cessé de planer sur les négociations inter-libyennes. M. Haftar, un ancien compagnon de route de Mouammar Kadhafi rallié en 2011 à la révolution libyenne, est haï par les ex-révolutionnaires libyens, notamment les brigades islamistes. Sa participation en personne aurait été une ligne rouge pour le camp de Tripoli.

Le ministère de l'Intérieur échoit à Al-Aref al-Khoja, un ancien titulaire de ce poste, originaire de l'ouest, et proche des islamistes qui dominent dans la capitale Tripoli.

Le ministère de la Justice est confié à Abdel Salam Genedi, un magistrat originaire du Sud libyen, une région souvent marginalisée. Quant aux Affaires étrangères, elles seront confiées à Marwan Abousrewil, un membre d'une grande famille libyenne, présente dans l'ouest comme dans l'est du pays.

Le nouveau ministre de l'information est connu pour être un sympathisant de la cause fédéraliste de l’Est. Les Libyens avaient éprouvé la capacité de nuisance de ce mouvement lorsqu’en 2013 et 2014, ses membres avaient protesté en bouclant les installations pétrolières. Enfin, une femme est présente dans ce gouvernement, elle est chargée de la Culture.

Le plus dur reste à faire

Dans le mois qui vient, ce nouveau gouvernement de 32 membres, au lieu des 10 initialement annoncés, mené par Fayez el-Sarraj, devra nommer les directeurs d'institutions sensibles, telles que la Banque centrale libyenne, l'autorité anti-corruption et ensuite travailler à l'élaboration d'une loi pour désigner les responsables de l'armée. Et ce gouvernement doit le faire avec le Conseil d'Etat, l'instance qui sert de contre-pouvoir, selon les accords de l'ONU, et qui comprend les députés basés à Tripoli.

C’est le plus dur qui s’annonce désormais, car ce gouvernement doit justement aller s'installer à Tripoli. La capitale est depuis plus d’un an sous le contrôle d'un gouvernement et d'un Congrès non reconnus par la communauté internationale. Il est appuyé par une coalition de factions à dominante islamiste, appelée Aube de la Libye.

Une instance issue des accords de Skhirat est censée négocier avec ces acteurs politiques et militaires. Mais il y a trois jours à peine, Tripoli a menacé d'arrestation quiconque entrait sur le territoire au nom du nouveau gouvernement. Les divisions demeurent donc fortes et les négociations ne sont pas terminées. Les factions armées qui s'y trouvent seront avides de garanties sur leur avenir dans les futures institutions militaires et sécuritaires du pays. Il va encore falloir s'armer de patience pour voir un gouvernement libyen siéger à Tripoli.

Le Parlement de Tripoli lors d'une session parlementaire le 16 décembre 2015. © AFP PHOTO / MAHMUD TURKIA