Tunisie: couvre-feu décrété à Kasserine dans le centre du pays

La manifestation à Kasserine a été dispersée par la police (photo d'illustration).
© AFP / FETHI BELAID

Des manifestations agitent la ville de Kasserine en Tunisie depuis la mort d’un jeune diplômé chômeur ce week-end. Un rassemblement a tourné à l’affrontement avec les forces de l’ordre mardi 19 janvier. Au moins 14 personnes ont été blessées. Pour tenter de calmer la situation, le ministère de l’Intérieur a décrété un couvre-feu.

Le ministère de l’Intérieur tunisien a imposé un couvre-feu à Kasserine à compter de ce mardi. Dans la matinée, une manifestation avait rassemblé plusieurs centaines de personnes devant le siège du gouvernorat aux cris de « le travail est un droit ». Selon un responsable du ministère de l’Intérieur, certains ont lancé des pierres, d’autres sont montés sur le toit du bâtiment. Tous ont été dispersés par les gaz lacrymogènes de la police.

Les manifestants ont par la suite bloqué l’une des principales artères de la ville avec des pneus enflammés, tandis que l’armée s’est déployée devant le siège du gouvernorat. Des commerces, ainsi que la poste et des écoles ont fermé leurs portes plus tôt que d’habitude.

Un couvre-feu non respecté

A peine annoncé, le couvre-feu était déjà violé mardi soir. Malgré l’interdiction de sortir décidée par les autorités, plusieurs témoins sur place expliquent que des habitants sont retournés dans la rue à la nuit tombée.

Les protestations ont commencé après le décès d’un diplômé chômeur. Ridha Yahyaoui, 28 ans, s’est tué en montant sur un poteau électrique samedi 16 janvier, sans que l’on sache s’il s’agit d’un suicide ou d’un accident. Il venait en tout cas d’apprendre que son nom ne figurait plus sur une liste de dossiers prioritaires pour une embauche dans la fonction publique.

« Le travail est un droit »

Depuis, des centaines d’habitants de Kasserine, où le chômage touche près d’un quart de la population, sont dans la rue, sous le slogan « le travail est un droit ».

Mardi, l’Assemblée tunisienne a annoncé l’envoi d’une délégation parlementaire sur place, et elle a convoqué le Premier ministre Habib Essid pour une réunion urgente sur le chômage.

Kasserine, l’une des régions les plus pauvres de Tunisie, était au cœur des soulèvements qui ont mené à la chute de Ben Ali il y a 5 ans. Mais depuis, les habitants n’ont vu aucune amélioration de leurs conditions de vie.

Lundi, à Tunis, entre 150 et 200 personnes ont à leur tour protesté sur l’avenue Bourguiba en brandissant des portraits du jeune homme. Suite à son décès, une enquête a été ouverte et un haut responsable du gouvernorat de Kasserine a été limogé.