Kasserine, la localité qui interpelle de nouveau la Tunisie

Un policier à Kasserine, dans le centre de la Tunisie, en 2011.
© AFP PHOTO/JEBBARY

Après un calme - précaire - enregistré ces dernières heures, les protestations ont repris ce mercredi 20 janvier dans la matinée à Kasserine, ville pauvre, défavorisée de Tunisie. La veille, les protestations avaient tourné à l'affrontement, faisant au moins 14 blessés légers. Point de départ de ce mouvement : la mort d'un jeune chômeur. Et le mouvement menace de faire tache d'huile.

Avec Sidi Bouzid, Kasserine a été l'un des épicentres de la révolution tunisienne de 2010-2011. Et depuis ce week-end, de jeunes gens manifestent à nouveau dans ses rues, conduisant le ministère de l’Intérieur à utiliser le couvre-feu. Preuve que peu de choses ont changé sur place depuis lors sur le plan socio-économique.

Ce nouveau mouvement est parti du décès, le 16 janvier dernier, d'un chômeur diplômé de 28 ans. Ridha Yahyaoui est mort électrocuté. Il avait escaladé un poteau près du siège du gouvernorat pour protester contre son retrait d'une liste d'embauches dans la fonction publique.

Il y a cinq ans, un autre jeune Tunisien, Mohamed Bouazizi, d'une autre bourgade non loin de là, Sidi Bouzid justement, s'était immolé par le feu pour crier son désespoir. Ce vendeur ambulant de fruits et légumes avait vu sa marchandise confisquée par les autorités. Son acte est considéré comme l'étincelle qui a conduit à la révolution et au printemps arabe.

Le désespoir demeure à Kasserine. Les jeunes réclament la création d'emplois, plus de développement dans leur région. Cela a été promis par tous les gouvernements depuis 2011. Plusieurs centaines d'entre eux se sont rassemblés devant le siège du gouvernorat en criant « le travail est un droit ».

La démocratie tunisienne face aux problèmes du pays

Pour se faire entendre, mardi 19 janvier, les jeunes ont bloqué la route principale et brûlé des pneus. Quand la police est arrivée, ils ont jeté des pierres. Les forces de l'ordre ont répliqué pour leur part à coups de gaz lacrymogènes. Résultat : au moins 14 blessés légers, l'instauration d'un couvre-feu, le déploiement de l'armée sur place pour protéger les institutions.

Comme en 2010, les photos de manifestations affluent sur les réseaux sociaux. Thala, Fériana : dans d'autres bourgades pauvres de la région, des rassemblements sont organisés, jusqu'à la grande ville de Kairouan ce mercredi. A Tunis, un nouveau rassemblement, après celui organisé lundi, a été annoncé ce mercredi en soutien avec Kasserine, à l'appel de l'Union générale des étudiants de Tunisie.

Lundi, un haut responsable du gouvernorat de Kasserine a été limogé à la suite du décès du chômeur. La présidence du gouvernement a par ailleurs annoncé l'ouverture d'une enquête. Depuis 2011, Kasserine a plusieurs fois connu des mouvements de protestation dégénérant parfois en affrontements violents avec la police.

Interrogé par la radio privée Mosaïque FM, le gouverneur Chedly Bouallègue a assuré que les autorités locales étaient à l'écoute des manifestants. « Nous sommes en train d'accueillir des jeunes, des diplômés de l'enseignement supérieur, par groupes. Nous les écoutons, dialoguons et notons leurs revendications », a-t-il fait valoir.