Kenya: décès d'un enseignant qui s'était opposé à des shebabs

En novembre 2014, des shebabs avaient attaqué un bus à quelques kilomètres de Mandera, séparant les passagers et tuant 28 personnes non-musulmanes. C'est lors d'une attaque semblable que Farah s'était illustré, en décembre dernier.
© REUTERS/Stringer

Le Kenya pleure un enseignant que beaucoup de gens considéraient comme un héros. Salah Sadbow Farah avait été blessé, en décembre, dans l’attaque d’un autobus par les shebabs. Ce musulman avait alors pris la défense des passagers chrétiens, contraignant ces jihadistes somaliens à rebrousser chemin. Hospitalisé depuis un mois, à Nairobi, il a succombé à ses blessures en début de semaine et a été inhumé mardi 19 janvier.

L’histoire commence quelques jours avant Noël. Dans les environs de Mandera, ville kényane toute proche de la Somalie, Farah monte, comme une soixantaine d’autres passagers, dans un autobus bariolé. Au-dessus du pare-brise est écrit, en lettres capitales, « Nasrullahi » (la victoire de Dieu). Cela n’empêchera pas des shebabs d’intercepter le véhicule.

Le commando ordonne aux passagers de descendre et aux musulmans de s’identifier. La tension monte d’un cran : tout le monde garde à l’esprit le massacre de l’université de Garissa, non loin de là, quelques mois auparavant. Des shebabs avaient alors séparé les musulmans des chrétiens avant d'exécuter ces derniers.

Dans l’autobus, des femmes s'empressent de prêter des hijabs aux chrétiennes pour se couvrir les cheveux et essayer de passer inaperçues. Pendant ce temps, Farah et d’autres passagers, eux aussi musulmans, s’opposent avec véhémence à cette séparation.

« Si c’est comme ça, lancent-ils à la figure des shebabs, tuez-nous tous ! » raconteront-ils ultérieurement à la presse. Exaspéré, le commando finira par faire demi-tour, mais non sans avoir blessé Farah, l’un des passagers musulmans qui refusaient d’obtempérer. Malgré les efforts des médecins à l'Hôpital national Kenyatta, à Nairobi, il ne s’en remettra pas.

Beaucoup au Kenya pensent qu’il est mort en héros, depuis le chef de la police kényane, Joseph Boinnet, jusqu'à son frère, Ibrahim Mohamed Sadbow, joint par RFI à Mandera. « Il n’est pas mort en vain » a confié ce dernier dans une interview téléphonique. « Son sang n’a pas coulé inutilement. Il a fait ce qu’il fallait. Pour la famille, ce sera dur, bien sûr. Il laisse dans le deuil quatre enfants et une jeune épouse. Il n’avait que 34 ans. Mais il a fait ce qu’il fallait. Jusqu’à la mort, je n’oublierai jamais son geste héroïque ».

Aux yeux de son frère, Farah aurait simplement, par son geste, montré son attachement à son pays. « En sacrifiant sa vie pour sauver des Kenyans, des chrétiens, il a montré son humanité, a-t-il expliqué. La religion ne doit pas servir à nous diviser. Il devait se montrer solidaire de ses frères chrétiens. »