Libye: un gouvernement d'union nationale hétéroclite et fragile

Le nouveau gouvernement d'union nationale est dirigé par le Premier ministre libyen Fayez el-Sarraj (ici le 8 janvier).
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La formation d'un gouvernement libyen d'union nationale a été annoncée mardi 19 janvier à Tunis. Un pas important sur la route de la stabilisation du pays. Mais la liste des 32 ministres porte en elle les germes des embûches à venir. Et l’installation du gouvernement à Tripoli s’annonce délicate.

Trente-deux noms pour contenter trois groupes ethniques, quelque 20 tribus principales, trois provinces et deux entités politiques rivales. Alors que la liste n'avait pas encore été révélée, deux membres du Conseil présidentiel en charge des nominations démissionnaient. L'un parce que les régions de l'ouest n'étaient pas assez représentées, l'autre parce que Khalifa Haftar, bras armé du Parlement de Tobrouk, était évincé.

Dans le nouveau gouvernement, des pro-fédéralistes de la Cyrénaïque côtoient des ministres proches des Frères musulmans. Mais l'amalgame laisse dubitatif, surtout que la majorité des ministres sont des inconnus. Le pouvoir en place à Tripoli n'a même pas jugé bon de réagir officiellement. « Ils n'arriveront jamais ici », se moque-t-on dans la capitale libyenne. Le gouvernement d'union nationale est actuellement basé à Tunis.

Les grandes tribus se considèrent marginalisées, à commencer par les Warfalla qui se disent discriminés car la tribu s'est rangée au côté de Kadhafi pendant la révolution. Les ethnies touboue et touarègue sont présentes mais estiment que leur cause ne sera jamais entendue par un gouvernement à dominante arabe. Seuls les modérés de la ville de Misrata et la communauté internationale se sont publiquement réjouis de cette annonce. Le gouvernement doit être investi par le Parlement de Tobrouk d'ici dix jours. Pour l'instant, le vote est loin d'être acquis.

Installation à Tripoli

A Rome, les représentants de 18 Etats se sont retrouvés pour discuter du soutien politique et sécuritaire au nouveau gouvernement. Soutien qui n’est possible qu’après une demande d'assistance formulée par un gouvernement reconnu. Mais il faut d'abord que ce gouvernement s'installe à Tripoli, et cela dépend surtout des milices sur place et de leur adhésion.

Les actuels maîtres de Tripoli, c'est-à-dire la coalition à tendance islamiste dite « Aube de Libye », dominée par des hommes de la ville de Misrata, ont des raisons de se réjouir après la formation du nouveau gouvernement. C'est un homme acquis à leur cause qui a été nommé au poste de ministre de l’Intérieur. En revanche, les puissantes milices de Zinten à l'ouest de la capitale n'ont eu aucune représentation. Elles qui régnaient sur l'aéroport international avant d'en être chassées en 2014, laisseront-elles les nouvelles autorités s'installer paisiblement ?

Quant à Khalifa Haftar, un général, qui combat les brigades jihadistes dans l'est de la Libye, même si un de ses proches vient d'être nommé ministre de la Défense, son soutien au nouveau gouvernement n'est pas clair. Or, il est un potentiel allié de poids pour lutter contre l'organisation Etat islamique, une urgence absolue, autant pour le nouveau gouvernement que pour la communauté internationale.