Burundi: l’ONU entame une mission compliquée à Bujumbura

Un manifestant lors d'un rassemblement anti-Nkurunziza à Nairobi au Kenya, le 18 décembre 2015.
© TONY KARUMBA / AFP

Une délégation de 33 personnes doit arriver ce jeudi 21 janvier à Bujumbura. Dans une résolution votée le 12 novembre dernier, le Conseil avait exigé que cessent les violences et qu’un dialogue soit mis en place entre le pouvoir burundais et l’opposition. Mais ce dialogue est resté lettre morte et les différents organes de l’ONU recensent une intensification des violences depuis les attaques des 11 et 12 novembre contre des camps militaires à Bujumbura. Dans ce contexte délicat, la mission de l’ONU semble périlleuse.

C’est la seconde fois en moins d’un an que le Conseil de sécurité des Nations unies se rend en visite à Bujumbura. Mais cette fois, le contexte a changé. D’abord, les différentes instances de l’organisation ont tour à tour tiré la sonnette d’alarme. Tous les signaux sont au rouge, a dit le Haut-Commissariat aux droits de l’homme. Si le pire venait à se produire, l’ONU n’a pas les moyens de réagir, a quant à lui averti le département des opérations de maintien de la paix.

Ensuite, l’ONU fait face à l’échec des institutions régionales. La médiation ougandaise n’a rien obtenu de Bujumbura depuis la rencontre symbolique d’Entebbe, le 28 décembre dernier. De son côté, l’Union africaine n’a pas fait entendre sa voix depuis que le président Nkurunziza a affirmé sa volonté de combattre sa mission de maintien de la paix.

Le Conseil de sécurité de l'ONU divisé

Le chef de l’Etat burundais recevra la délégation onusienne vendredi. Elle tentera de le convaincre d’accepter un dialogue avec l’opposition en exil. Car pour l’instant, Bujumbura s’y refuse, privilégiant le dialogue interne lancé mardi et non reconnu par l’opposition.

Le programme de cette mission onusienne est encore flou. On sait juste qu’elle est composée de 33 personnes dont les 15 membres du Conseil de sécurité. Et sa tâche ne sera pas facile, car le Conseil semble divisé, rapporte l’Agence France-Presse, notamment sur le sujet de l’envoi de troupes. Ces membres ne sont pas d’accord sur la solution à apporter à la crise. D’un côté, on retrouve la France et les Etats-Unis avec son ambassadrice Samantha Power dont les prises de position en faveur d'une intervention déplaisent fortement à Bujumbura. De l’autre, il y a la Russie, la Chine et le Venezuela qui restent plutôt réticents à une intervention et qui estiment que la solution appartient aux Burundais.

En l’absence de consensus sur une résolution, l’ONU pourrait choisir d’appuyer l’Union africaine dans le sens d’une intervention. Car avant de regagner New York, le Conseil fera escale samedi à Addis-Abeba, siège de l’Union africaine. Vu les divisions au sein du Conseil, il est peu probable qu’une résolution soit votée. Il pourrait donc choisir d’appuyer l’Union africaine dans un envoi progressif de troupes qui commencerait par de nouveaux observateurs et quelques militaires pour protéger les civils. C’est en tout cas dans ce sens que l’UA s’est prononcée ce matin dans un communiqué qui précise toutefois qu’un accord du gouvernement reste indispensable à tout déploiement.

On ne peut pas dire qu’on envoie au Burundi une force pour sécuriser la population en disant qu’il y a un risque de génocide au moment où, nous qui vivons au Burundi, nous ne voyons pas ce risque.
Willy Nyamitwe
22-01-2016 - Par France 24