Manifestations en Tunisie: le président Caïd Essebsi appelle au calme

Des manifestants protestent contre le chômage et appellent le gouvernement à agir, à Tunis, le 22 janvier 2016.
© REUTERS/Zoubeir Souissi

Un couvre-feu a été instauré vendredi soir en Tunisie, sur l’intégralité du territoire. La mesure a été annoncée après plusieurs jours de manifestations contre le chômage, émaillées d'incidents violents. Partie de Kasserine, après la mort d'un chômeur dans cette région défavorisée du centre de pays, la contestation s'est propagée à tout le pays. C'est la plus importante grogne sociale depuis la révolution de 2010. Et vendredi soir c'est le président tunisien qui s'est exprimé à la télévision pour appeler au calme.

La contestation contre le chômage est « naturelle » a reconnu vendredi Beji Caïd Essebsi. Le gouvernement va donc plancher sur un nouveau plan en faveur de l'emploi

Le président tunisien aussi dénoncé « des mains malveillantes » qui ont profité de ces protestations pour semer le désordre. Dans le viseur, des gens connus ou fichés pour leur appartenance partisane, mais aussi le groupe Etat islamique qui pourrait profiter de la situation.

De nombreux troubles ont secoué le pays entre mercredi et jeudi. En 24h, au moins trois postes de police ont été attaqués et 42 policiers blessés, selon le ministère de l'Intérieur. Les violences les plus importantes ont eu lieu à Tunis jeudi soir avec des pillages et le saccage de commerce. Vendredi, jusqu'à la mi-journée Des affrontements avec la police ont encore eu lieu à Sidi Bouzid, la ville où avait démarré la révolution tunisienne en 2010-2011.

La contestation sociale de ces derniers jours rappelle bien sûr celle d'il y a cinq ans. Même si l'ampleur n'est pas la même, les slogans sont semblables. « Non au chômage et à la corruption », martèlent les jeunes Tunisiens. « C'est que rien n'a changé dans les régions enclavées », déplore un membre de la ligue tunisienne des droits de l'homme. 240 000 jeunes diplômés attendent toujours un emploi.

« Nous n’avons pas de baguette magique »

Le Premier ministre tunisien Habid Essid a dit sur France 24 « comprendre » le mouvement, mais demande un peu de patience aux contestataires. « La Tunisie a complètement changé. Elle est passée d’une dictature à une jeune démocratie. Je dis bien, jeune démocratie », a-t-il insisté. Et d’ajouter : « Nous n'avons pas de baguette magique pour donner de l'emploi à tout le monde en même temps ».

La journaliste et blogueuse du groupe de médias engagé Nawaat, Henda Chennaoui, qui rentre de Kasserine où elle a rencontré les protestataires, estime que « cette expression de baguette magique, on peut tout simplement l’appeler une volonté politique. » Selon elle, ces jeunes, « les vrais auteurs de la révolution », qui sont pourtant restés « à la marge », ont déjà fait preuve « d’une grande patience ».

« Ils sont très conscients que la situation est délicate et ne demandent pas des miracles, analyse-t-elle. Seulement, ils demandent une réelle volonté politique de changer la situation. » Et de dénoncer un « réel problème de gestion. »

A Kasserine, dans le centre défavorisé, la police a fait usage de gaz lacrymogène pour disperser des manifestants qui bloquaient des routes et jetaient des pierres, le 21 janvier 2016. © REUTERS/Amine Ben Aziza