Tunisie: face à la crise sociale, le couvre-feu sur tout le territoire

Les forces de l'ordre encadrent une manifestation à Tunis, Tunisie, le 20 janvier 2016.
© REUTERS/Zoubeir Souissi

La grogne sociale prend de l'ampleur en Tunisie. Parties de Kasserine dans le centre-ouest du pays, les manifestations ont gagné de nouvelles villes ces derniers jours, de Sidi Bouzid jusqu'à Tunis, avec parfois des violences. Dans la capitale, des casseurs ont saccagé des commerces et 16 interpellations ont eu lieu. Face à cette tension sociale qui fait tache d'huile, le Premier ministre tunisien, en visite en Europe, va rentrer en urgence. Un couvre-feu nocturne a en effet été instauré sur l'intégralité du territoire.

Pour éviter de nouvelles violences, le gouvernement a dans un premier temps annoncé l'instauration dès ce vendredi soir d'un couvre-feu national de 20 h à 5 h du matin. La contestation est clairement montée d'un cran en Tunisie.

A Kasserine, de nouveaux heurts ont eu lieu jeudi avec la police. C'est là que tout avait commencé avec la mort samedi dernier d'un jeune chômeur. Mais d'autres villes sont désormais concernées, comme Kebeli, dans le centre du pays, où un poste de police a été brûlé.

A Tunis, la capitale du pays, des casseurs ont pillé des commerces en marge des manifestations et 16 personnes ont été interpellées. Des manifestations ont également lieu à Sidi Bouzid, avec des routes coupées et des pneus en flammes. C'est dans cette ville qu'avait démarré la révolution tunisienne il y a cinq ans. Au total trois postes de police ont été attaqués et 42 policiers blessés au cours des dernières 24 heures, selon le ministère de l'Intérieur.

Une jeunesse désœuvrée

L'ampleur n'est pas la même qu'en 2010-2011, mais les messages se ressemblent. La jeunesse désœuvrée du pays veut du travail, comme en témoigne Massaoud Romdani, un responsable de la Ligue tunisienne des droits de l'homme :

« Cinq ans après la révolution, il n’y a pas quelque chose de concret qui a été donné à ces jeunes. Il y a un peu partout des manifestations de jeunes diplômés chômeurs qui sont à peu près 240 000 et qui représentent environ 1/3 des chômeurs. Leur nombre ne cesse d’augmenter chaque année. Jamais nous n’avons eu des propositions crédibles. Donc, tout le monde doit essayer de trouver une solution pour sauver le pays. »

Reste maintenant à trouver des réponses de long terme à ce fléau du chômage, qui est aussi un terreau propice à la diffusion de la propagande jihadiste chez les jeunes, alors que la Tunisie est déjà un des pays les plus touchés par le phénomène.

Le Premier ministre Habib Essid vient d'expliquer sur la chaîne de télévision France 24 qu'il n'y avait pas de baguette magique contre le chômage. Il sera de retour ce soir à Tunis, où un conseil des ministres exceptionnels aura lieu demain, samedi. Habid Essid, qui vient de déjeuner avec le président François Hollande à l'Elysée, assure que la situation est « maitrisée » actuellement en Tunisie. Par ailleurs, la France mettra en oeuvre un plan de soutien à la Tunisie d'un milliard d'euros sur les cinq prochaines années, a annoncé vendredi la présidence française.

Pour l'ancien président tunisien Moncef Marzouki, qui s'exprimait aussi sur France 24, le principal problème de la Tunisie reste la corruption : « Les Tunisiens et général, et ces jeunes de Kasserine, auraient probablement accepté d’attendre un peu s’il n’y avait pas eu le problème de la corruption. C’est la corruption qui a fait exploser la Tunisie la première fois et c’est la corruption qui est en train de la faire exploser aussi maintenant ». Et Moncef Marzouki ajoute avoir tout essayé pendant les trois années qu’il a passé au pouvoir : « Mais on était pris à la gorge par les questions de sécurité, de terrorisme et la rédaction de la Constitution ».